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  • L’ÉVÈNEMENT : SAMEDI 02 JUILLET 2022 – LA JOURNÉE DU MILITANT ET SYMPATISANT DE L’UDPCI, DENOMMÉE “BALTIMORE 2022 DE LA DIASPORA”
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  • SITUATION EN GUINÉE RÉCUPÉRATION DES BIENS DE L’ÉTAT: LA PART DE VÉRITÉ DE SIDYA TOURÉ
  • Interview exclusive avec un universitaire ivoirien Éric EDI (Philadelphie États-Unis)’
  • INTERVIEW EXCLUSIVE DE TIBURCE KOFFI PRESIDENT DU CONSEIL DE GESTION ET DE LA RESTRUCTURATION DU BUREAU IVOIRIEN DU DROIT D’AUTEUR (BURIDA)
  • Coups d’État : causes ou symptômes de la mauvaise gouvernance ?
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  • JacquesRogerShow : LES MALIENS DE LA DIASPORA SE PRONONCENT SUR LA CRISE MALIENNE – VEN 14 JANVIER 2022 A PARTIR DE 20H-22H (HEURE NEW YORK)
  • DR OUSMANE DORÉ LEADER DU MOUVEMENT NATIONAL POUR LE DÉVELOPPEMENT (MND) EST NOTRE INVITÉ MER 22 DÉC 2021 A PARTIR DE 18H (NEW YORK) – 23H GMT
  • LA CHRONIQUE D’ARSENIO LEGRAND : LA FRAUDE SUR LA NATIONALITÉ IVOIRIENNE (CARTE NATIONALE D’IDENTITÉ) ENTRAINERA DE FACTO LA FRAUDE SUR LA LISTE ÉLECTORALE
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  • LE GRAND DÉBAT SUR AFRIQUE2050 – Comment combattre la désinformation sur la COVID-19?
  • Rendez-vous Médiatique – Grand Débat “Heure De Vérité”● Invité : Pr Daniel MENGARA- Mardi 16 novembre 2021
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  • MR MOHAMED FODÉ SOUMAH (GECI-GUINÉE) SERA NOTRE INVITÉ – VEN 15 OCTOBRE 2021 A PARTIR DE 18H30 NEW YORK – 22H30 CONAKRY
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  • BAH OURY (UDRG) ET DR FAYA MILLIMOUNO (BLOC-LIBÉRAL) GUINÉE SONT NOS INVITÉS – MARDI 07 SEPTEMBRE 2021 – A PARTIR DE 18H (NEW YORK)
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  • RADIO AFRIQUE2050 – ÉMISSION REGARDS2050 DE CE JEUDI 19 AOUT 2021 A 21H00 EASTERN TIME (21H NEW YORK, 20H TEXAS, 3H DE PARIS)
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    5 avril 2022

    Par quel bout aborder l’Afrique, même sans prétention à apporter des solutions ? Comment entraîner l’Afrique vers un cercle vertueux ?

    Pour faire le lien avec l’importance de l’élément humain, la réponse à toutes vos questions n’appartient et ne peut appartenir qu’aux Africains eux-mêmes.

    Les défis sont nombreux. Ce que nous avons, nous Africains, face à ces défis, c’est notre intelligence, nos capacités, nos émotions, notre détermination et nos
    convictions. C’est le seul matériau que nous avons pour travailler.

    Les matières premières, c’est bien, mais elles ne valent que si on est capable, premièrement, de les extraire et, deuxièmement, de bien les gérer. On en revient
    toujours à l’élément humain et au capital humain. Il faut donc arriver à combiner trois choses.

    La première, c’est l’initiative privée. Pour moi, lui faire confiance, c’est faire confiance au genre humain. Les êtres humains, confrontés à une situation de pression sont dotés par la nature de la capacité à s’élever, à être créatifs, à agir. Plutôt que de prêcher, il faut faire confiance aux Africaines et aux Africains. En un mot comme en cent, laisser se développer le secteur privé, l’initiative privée.

    La deuxième, très liée à la première – et qui n’est pas possible sans elle – est d’investir dans ce capital humain. Ce qui nous amène à une problématique de santé et d’éducation. Les deux éléments s’alimentent et se renforcent mutuellement.

    Pour le troisième élément, créer un environnement favorable, il est important d’établir une distinction entre les composantes « hard » et les composantes que
    j’appellerai « soft », en quelque sorte le hardware et le software. Elles doivent toutes deux être adéquates. L’environnement « hard » est ce dont nous parlons
    tous les jours et ce que je faisais en Côte d’Ivoire : routes, puits, ponts, aéroports, terminaux à conteneurs, centrales thermiques, barrages hydroélectriques, panneaux solaires… l’infrastructure au sens large. Le « soft » est en réalité ce qui compte le plus.

    J’inclus dans la liste de ces éléments « soft » des choses fondamentales telles que le respect des droits humains et des libertés fondamentales, l’État de droit, l’absence de corruption, le refus de la violence, etc. Ces éléments quand ils sont présents fournissent à l’initiative privée un cadre propice. Si je devais résumer en un mot ma pensée, il s’agit ici de culture. C’est la culture, ce qu’il y a dans la tête des gens et qui guide leur comportement et finalement, ce sont les comportements qui comptent le plus, plus que les routes et les ponts.

    S’il est nécessaire d’acquérir des connaissances, d’apprendre des équations et de savoir comment fonctionne la mécanique des fluides, en réalité, la manière dont vous allez organiser votre entreprise, à l’intérieur pour être compétitif, et à l’extérieur pour aller gagner sur des marchés, doit prendre en compte profondément ce que vous êtes et le refléter. C’est-à-dire prendre en compte votre culture.

    On parle beaucoup en ce début de XXIe siècle de soft power, qu’on pourrait traduire par l‘influence, le fait que d’autres cherchent à vous imiter et s’inspirent de votre exemple. Tous les pays sont engagés dans une course au soft power. Ils se rendent compte, de plus en plus, que cela constitue le véritable pouvoir. Prenez, par exemple, ce que les États-Unis ont fait dans la Silicon Valley à travers Facebook, Instagram, Netflix. Ils ont changé notre manière de vivre à tous ! La création puis le succès de Netflix ont eu un impact direct sur des centaines de
    millions de vies. Les gens s’installent, font du binging et regardent des séries. Cela, c’est de la vraie influence. Plus que les divisions de Staline, pour reprendre la fameuse phrase de Staline a Pierre Laval.! Et l’on voit que le soft power aujourd’hui peut ralentir, voire arrêter l’avancée des divisions et des chars d’assaut…

    Nous allons vers un monde où ce sont les intangibles qui ont le plus de valeur. Si vous regardez aujourd’hui le bilan des entreprises, ce ne sont plus les usines, les murs et les ordinateurs qui font l’essentiel de leur valeur. Ce qui compte de plus en plus, c’est ce qui s’appelle le goodwill, c’est-à-dire la valeur des actifs intangibles ou incorporels des entreprises telles que les marques ou la propriété intellectuelle.

    L’Afrique peut-elle préparer cette révolution qui change complètement la donne ? Est-elle en mesure de mener ce combat ?

    Oui, elle n’a pas le choix ! Il faut participer, sous peine d’être progressivement marginalisé. Il ne faut pas se tromper de guerre. On gagne rarement la guerre avec les techniques et les technologies de la guerre précédente. Il faut être conscient, aujourd’hui, que nous sommes tous engagés, tous les pays sur tous les continents, dans une bataille pour l’innovation, pour le capital intellectuel et pour les intangibles. C’est cela qui détermine la valeur d’un Apple ou d’un Google. Ce dernier n’a que très peu d’actifs physiques mais vaut près de 3 000 milliards de
    dollars grâce à l’intelligence d’employés que le groupe a su embaucher et motiver.

    Tout cela peut paraître éloigné de nos préoccupations africaines. Mais je parlais récemment a un entrepreneur de ma connaissance dans la Silicon Valley et ai été surpris d’apprendre qu’il a déjà réalisé sept investissements significatifs en Afrique et au Moyen-Orient ! Il développe des pharmacies pour distribuer des médicaments auprès de 400 000 patients enregistrés au Ghana, et investit aussi en Afrique du Sud, au Kenya, en Égypte, au Nigeria, en Arabie saoudite et à Dubaï.

    La technologie est à voir comme un levier qui peut nous permettre de gagner. Les États mènent depuis longtemps des efforts pour favoriser l’intégration africaine.

    En parallèle, des progrès majeurs sont, en réalité, en train d’être faits par le secteur privé avec pour motif le profit et le succès économique. Je connais sept ou huit
    entreprises qui sont chacune déjà dans une quinzaine de pays africains et permettent d’envoyer de l’argent d’un pays à l’autre en Afrique en toute sécurité. Voilà de l’intégration économique réalisée par des gens qui ont été bien formés, pour beaucoup, en Afrique.

    L’Afrique commence ainsi à toucher les dividendes de l’investissement qu’elle a fait dans ses ressources humaines un peu partout sur le continent et dans la
    diaspora. Ces femmes et ces hommes sont en train de mettre tout ce qu’ils ont appris au service de l’économie africaine. C’est comme cela qu’on gagnera.

    Entre les choses à mener en Afrique, de la prise de décision et à la traduction en actes, êtes-vous satisfait du rythme de croissance ?

    En soi, la satisfaction est toujours à combattre et je reste un éternel insatisfait, pas seulement sur l’Afrique. L’insatisfaction est l’un des moteurs les plus puissants de
    l’évolution !

    Au contraire, nous devons aller plus vite que les autres. Si nous sommes moins avancés que les autres, ce n’est pas en travaillant moins que nous arriverons à les rattraper et encore moins à les dépasser.

    Cela dit, il faut une saine appréciation des choses et savoir motiver sans décourager. Pas de complaisance donc mais il faut aussi savoir apprécier, compte tenu des défis auxquels ont été confrontées les générations précédentes, le chemin qu’elles ont permis à l’Afrique de parcourir et qui demeure important.

    Lorsqu’on voit le Sahel et l’effondrement de cette partie de l’Afrique, il y a véritablement des racines. Et surtout, il faut aller vite pour circonscrire le feu.

    D’abord, l’Afrique c’est 30 millions km2. Comme vous le savez, toutes les cartes que nous utilisons et qui sont basées sur la projection de Mercator ne sont à peu près exactes qu’au niveau de l’Équateur et sous-estiment visuellement l’Afrique.
    Elle apparaît plus petite que la Russie alors qu’elle fait deux fois sa taille !

    Cela dit, je suis toujours réticent à énoncer des généralités sur l’Afrique. En effet, on parle d’une diversité de peuples, de situations économiques, d’histoires et de territoires. Il faut résister à la tentation généralisatrice. Je ne suis jamais allé à une conférence sur l’Asie ! J’ai vu des conférences sur la Chine, sur l’Asie du Sud-Est, sur le sous-continent indien. Mais personne de sensé ne veut parler dans la même conférence de l’Inde, de la Corée, de la Malaisie, du Vietnam, du Laos, de la Birmanie et du Japon, lequel est dans l’OCDE. Cela n’a aucun sens et donc personne ne le fait. Alors que sur l’Afrique, on passe son temps à énoncer des généralités qui sont donc nécessairement fausses.

    On peut distinguer l’Afrique du Nord, de l’Ouest, de l’Est, centrale et australe. Il y a au moins quatre ou cinq Afrique qui sont dans des dynamiques économiques, politiques et sociales différentes à un point donné dans le temps. Et, finalement, je pense que votre question porte sur l’Afrique de l’Ouest. On peut distinguer l’Afrique de l’Ouest, mais il faut voir que ces questions ont peu d’impact sur ce qui se passe au Kenya, en Tanzanie, au Mozambique ou en Ouganda.

    Les bailleurs de fonds tiennent-ils compte de ce que vous dites dans leur approche de l’Afrique ?

    Les bailleurs de fonds demeurent un acteur important en Afrique. Ils jouent un rôle utile et nous avons la chance d’avoir un Africain, Makhtar Diop, à la tête de la SFI et Kristalina Georgieva d’origine bulgare, à la tête du FMI. Ils comprennent l’une et l’autre les dynamiques que je viens de décrire et apportent un soutien significatif au continent. L’Union européenne et d’autres bailleurs ne sont pas en reste.

    Cela dit, il y existe une telle disproportion aujourd’hui entre les moyens des acteurs publics et ceux des acteurs du secteur privé que le défi le plus important pour l’Afrique dans les années qui viennent est de bénéficier des masses de capitaux privés disponibles dans le monde. Les unes se comptent en dizaines de milliards de dollars et les autres en centaines de milliards.

    Le développement que nous voyons actuellement en Afrique est en avance sur mes attentes et cela me rend plutôt optimiste. Il y a vingt ans, je ne pouvais pas appeler un investisseur de la Silicon Valley et l’entendre me parler spontanément d’Afrique. Aujourd’hui, quand je les appelle, ils ne parlent plus d’Afrique mais du
    Kenya, du Nigeria et de l’Égypte. Cela veut dire qu’ils sont descendus au niveau des pays, nous placent sur la carte et qu’une étape fondamentale a été franchie. À
    présent, quand ils m’appellent, ce n’est plus pour me demander s’il faut investir en Afrique ou pas mais où il faut investir en Afrique. Ils veulent être éclairés sur les
    dynamiques des pays. C’est très positif.

    Comment faut-il aujourd’hui traiter la dette africaine ?

    Sur le long terme, la seule solution à la dette est la croissance et celle-ci viendra des éléments dont je viens de vous parler. Regarder la dette, c’est souvent regarder le symptôme plutôt que le mal. La dette n’est pas mauvaise en soi si on a assez de croissance et qu’on la rembourse. Tous les États qui ont fait leur décollage
    économique se sont endettés à un moment parce qu’ils avaient besoin d’un capital supérieur à leurs capacités d’épargne propre.

    L’obsession, ce doit être la croissance économique. Dans ce contexte, il faut à tout prix obtenir une meilleure mobilisation des ressources domestiques des économies africaines. Le développement d’institutions financières locales et en particulier celui de systèmes de retraite par capitalisation, compte tenu de la jeunesse de la population sur le continent, sont essentiels pour financer et stimuler l’investissement.

    La croissance économique est un impératif d’autant plus important pour l’Afrique que la croissance démographique y est très élevée. C’est un peu moins le cas maintenant, mais à l’époque où il y avait 3,8% de croissance démographique en Côte d’Ivoire, chaque année où la croissance économique annuelle était inférieure à 4%. On reculait ! C’est quand même extraordinaire alors qu’avoir 4% de croissance est une très bonne performance économique. Cette pression
    supplémentaire en Afrique est réelle mais, la Chine l’a montré, il est possible d’avoir une croissance explosive et ce pendant longtemps.

    Pourriez-vous donner un mapping personnel des pays qui sont en train de trouver leur trajectoire et une méthode ?

    Je ne veux pas décerner de bons et de mauvais points entre les pays. Des choses sont en train de se faire qui marchent. Pour ce qui est des opportunités, il faut
    commencer par l’agriculture parce que l’une des premières opportunités économiques reste tout de même de nourrir les êtres humains, surtout dans le contexte d’une urbanisation croissante. Vous pouvez voir un grand dynamisme dans toute la filière agricole.

    Les paysans africains suent sang et eau pour produire une récolte agricole dans un environnement très hostile où, bien souvent, de 40 à 60% de cette récolte est détruite par les insectes ou pourrit bord champ. Nous pouvons dégager des gains énormes à faire tout le long de la chaîne de production agricole. Il y a beaucoup d’entreprises qui se sont créées dans ce domaine. Par exemple, il y a souvent des tensions en Afrique de l’Ouest entre éleveurs et cultivateurs. Un jeune entrepreneur ivoirien fait des mini-moulins qui permettent de transformer le surplus de la production agricole en aliments pour le bétail. Subitement, cette entreprise a créé une situation gagnant-gagnant. La récolte du cultivateur, qui pourrissait, est à présent valorisée. L’éleveur qui était toujours en conflit avec lui est content parce qu’il peut à présent nourrir son bétail. C’est cela que j’ai à l’esprit quand je parle d’innovation, de capital humain, de créativité. Cette idée vient d’un ingénieur ivoirien. Il était dans la région qu’il connaît et où il a des amis. La combinaison du savoir et de la connaissance locale conduit nécessairement à des innovations qui améliorent les choses. Dans tout le domaine agricole, il y a des opportunités extraordinaires. En ville aussi.

    En Égypte, on trouve des entreprises qui se développent beaucoup dans la livraison de proximité. Les services financiers sont un autre domaine où l’on sait très bien qu’il y a un problème majeur des financements des PME quand il s’agit de petits prêts, de l’ordre de 1 000 à 3 000 $. De nombreuses solutions numériques se mettent en place. Au Nigeria, j’ai parlé à des promoteurs qui font des prêts basés sur des recommandations et qui subissent moins de 1% de perte. Tout cela est fait de manière numérique en profitant de l’expansion des téléphones
    cellulaires.

    Il existe une infinité d’opportunités d’investissement ! Un des aspects les plus intéressants chez toutes ces entreprises africaines qui gagnent, c’est qu’elles sont en train de s’étendre à 10, 14, 20 pays. Il y a une contagion du succès quand elles arrivent à réussir quelque chose. Cela se fait par osmose, sans grande déclaration ni grande conférence mais au raz du terrain.

    On sent en vous cette connaissance intime de la réalité. Êtes-vous tenté de basculer dans la politique ?

    Non, je préfère vraiment m’en tenir, pour l’instant, à ce que je connais. Je suis assez occupé comme cela et j’arrive à parler à tout le monde et à être écouté, ce qui est un avantage. Mon objectif pour l’instant est d’avoir de l’influence. Pour le reste, l’avenir nous le dira.

    Avez-vous envie aujourd’hui d’écrire vos Mémoires, de conceptualiser et, surtout, de pousser plus loin cette vision analytique du monde ?

    Oui, je travaille à quelque chose. Je crois que nous devons nous efforcer de poursuivre une tradition bien africaine, qui consiste à ce que les plus âgés partagent leur expérience avec les plus jeunes. J’ai beaucoup appris dans ma vie de mes lectures et j’espère ne jamais arrêter jusqu’au jour où je quitterai la planète. Tenez, je lis actuellement Homo Migrans, de la sortie de l’Afrique au
    grand confinement. Un livre extraordinaire et fascinant de Jean-Paul Demoule, très érudit, où il explique que nous sommes tous des descendants de migrants. Il donne une statistique que j’ignorais : à travers les âges et partout dans le monde, seuls 3% des êtres humains migrent. 97% des êtres humains meurent là où ils sont
    nés. C’est une statistique sur la très longue durée.

    J’encourage tous ceux qui ont une expérience à écrire pour la partager. Pendant longtemps, j’étais dans l’action et me disais ce que disent les Anglo-Saxons : « Les actes parlent plus haut que les mots ». J’arrive à une position plus nuancée aujourd’hui, avec peut-être un meilleur équilibre entre « l’action » et « les mots »…

    Avec votre connaissance des continents, quel est celui qui vous a le plus inspiré ?

    C’est juste une affaire de circonstances. Je pense que, si j’avais vécu au XIXe siècle, Cela aurait été l’Amérique. Le XXe siècle aura été largement, dans sa seconde moitié, le siècle de la Chine. L’échelle de cette transformation est sans pareil et sans précédent. Ezra Vogel, le plus grand spécialiste américain de la

    Les défis sont nombreux. Ce que nous avons, nous
    Africains, face à ces défis, c’est notre intelligence,
    nos capacités, nos émotions, notre détermination et
    nos convictions. C’est le seul matériau que nous avons pour travailler. Cette question de l’investissement dans les hommes, les femmes et les enfants est au cœur de tout. Nous ne pourrons nous en sortir que par cela.
    Chine, décrit par le menu la transformation que Deng Xiaoping a réussie et dit que jamais un être humain n’a permis la sortie de la pauvreté d’autant d’êtres humains.
    Je pense que c’est vrai : 700 millions de Chinois sont sortis de la pauvreté. Quand je suis allé en Chine pour la première fois en 1984, on n’y mangeait pas à sa faim.
    La Chine avait 259 milliards $ de PIB pour 1,2 milliard d’habitants. Ce pays crée aujourd’hui 17 000 milliards $. Cette transformation a des implications extrêmement profondes pour tout le monde. Personne dans le monde ne peut penser ne pas être touché par un changement aussi majeur dans la répartition du pouvoir économique sur notre planète.

    On oublie aujourd’hui que, dans les années 1970, l’Asie était considérée comme un vaste désastre. On déplorait les guerres du Vietnam, du Cambodge et du Laos, les coups d’État des Philippines et de la Thaïlande.
    Beaucoup de gens croyaient alors plus en l’Afrique qu’en l’Asie du Sud-Est. Aujourd’hui, c’est un océan de prospérité. J’ai eu la chance de rencontrer Lee Kuan Yew pendant quelques heures que je n’oublierai pas. Il m’a dit : « L’objectif de Singapour est de répandre la prospérité. » Il n’y avait au début que les quatre Tigres que sont la Corée du Sud, Taiwan, Singapour et Hong Kong, des exceptions dans un océan de misère. Regardez à présent le Vietnam où je suis allé très souvent, la Thaïlande, les Philippines et la Malaisie. Tous sont extraordinaires.

    Après deux ans de Covid et une année 2022 qui commence par une guerre, comment voyez-vous ces évolutions ?

    Les tendances lourdes que nous avons dessinées ensemble demeurent. J’ai parlé du capital intellectuel. Qu’est-ce qui nous a permis de sortir de la crise Covid ? Le docteur qui a créé BioNtech est le fils d’émigrés turcs en Allemagne. La réponse à ce problème est sortie du cerveau d’un homme. S’il y a une chose que la crise sanitaire a illustrée de façon éclatante, c’est l’importance du capital intellectuel et du savoir. Nous étions tous désemparés, à nous cloîtrer et à nous masquer. Cet
    homme, Uğur Şahin, et son épouse, Özlem Türeci, nous ont libérés.

    Demandez-vous, chaque fois qu’un enfant ne va pas à l’école, où nous en serions si M. Uğur Şahin n’était pas allé à l’école. Chaque fois qu’un enfant ne va pas à l’école, il faut se poser cette question. On est peut-être en train de couper un bras à l’humanité. Voilà pourquoi cette question de l’investissement dans les hommes, les femmes et les enfants est au cœur de tout. Nous ne pourrons nous en sortir que par cela. Que ce soit la Covid ou l’Ukraine, à la fin des fins, il ne s’agit que d’hommes et de femmes.

    On ressent, à travers ce que vous dites, un appel pressant à cette civilisation de l’humanisme. Mais nous le voyons tous, aujourd’hui, une guerre dévaste un pays…

    Il y aura toujours des tensions. Ce que je dis, c’est un appel à faire passer le long terme avant le court terme. Nous avons une propension naturelle, la nature nous a faits comme cela, à faire le contraire. Cette transition n’arrivera qu’au prix d’un gros effort conscient et délibéré de tous les instants. C’est dans l’intérêt de tous d’élever les enfants même si chaque dollar mis dans l’éducation d’un enfant ne va pas à la consommation, à l’achat d’une télé ou à celui d’un bifteck. Il faut se priver
    pour investir sur le long terme.

    Hichem Ben Yaïche et Tidjane Thiam

    On est frappé par votre sérénité et votre optimisme !

    Vous ne pouvez pas être moi et ne pas être optimiste ! Ma mère était analphabète et n’est jamais allée à l’école. J’aurais pu être analphabète aussi. On m’a mis à l’école. J’ai pu, par la grâce des circonstances et de Dieu, gérer deux des plus grosses entreprises mondiales. Et je suis né à Abidjan ! Je ne suis pas un émigré qui serait né à Paris. J’ai passé mon Baccalauréat au Lycée classique d’Abidjan. Et je suis arrivé à faire ce que j’ai pu faire.

    Je ne dis pas cela par fausse modestie mais il est important que tous comprennent que je ne suis pas exceptionnel. Il y a beaucoup de gens comme moi en Afrique. Chaque fois que je rencontre des Occidentaux, des Européens et même vous qui me faites tous ces compliments, j’ai envie de leur dire que je ne suis pas unique. Je n’ai pas pour ambition d’être le Noir exceptionnel de service. Je pense qu’il existe beaucoup d’Africains aussi doués sinon plus doués que moi. Ils n’ont tout simplement pas l’opportunité de s’exprimer et n’ont pas eu l’opportunité d’accéder à la connaissance et d’exprimer leur talent. Oui, je suis optimiste parce que je pense que tout Africain de ma génération peut raconter une histoire similaire à la mienne. Je pense que 99% des Africains ont des grands-parents illettrés, comme l’était ma mère. Ma mère est née en 1931. Beaucoup des Africains nés dans les années 1930 ne sont pas allés à l’école. Nous sommes tous les descendants de ces générations. Regardez le chemin parcouru depuis sur tous les plans!

    C’est cela qui détermine mon optimisme, avec en plus mon amour de ma culture qui n’est jamais au détriment d’autres cultures. L’Afrique a beaucoup à apporter
    au monde. Que serait la musique sans notre apport ? Qu’est-ce que les gens écoutent, tous les jours, partout ? A Pékin, à Rangoun, j’entends notre musique. J’entends la voix de l’Afrique s’exprimer partout. Alors, pourquoi être timides et complexés ? Il faut s’assumer.

    Je le dis, on ne peut réussir qu’en étant soi-même. Il faut être soi-même, avoir confiance, se fixer un but et ne pas céder aux tentations de court terme. Il faut mettre le long terme avant le court terme et je suis certain que, si ce n’est cette génération, les générations suivantes verront une Afrique que le monde cherchera à imiter plutôt qu’à lui donner des leçons.

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