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  • GRANDS DOSSIERS : Le national-régionalisme de la charte du Nord

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    Les populations du Nord sont diverses. Elles se partagent principalement entre les Mandé du Nord et les Gur, Sénoufo en grande partie. Le nord de la Côte d’Ivoire constituait la marge méridionale de l’espace économique actif qu’était la boucle du Niger avant la colonisation. Comme dans l’espace akan, il y eut ici des États précoloniaux : l’empire de Kong, les royaumes de Bouna ou encore le deuxième empire de Samory. Ces États débordaient parfois les frontières actuelles de la Côte d’Ivoire, et le Nord est la partie du pays la plus anciennement islamisée.

    2Mais ce territoire qui constitue aujourd’hui le nord de la Côte d’Ivoire a perdu son éclat d’antan, sous les effets conjugués des guerres samoriennes, de la colonisation et de la mise en place de l’économie de plantation. C’est seulement au milieu des années 1970 que Félix Houphouët-Boigny (FHB ) va prendre véritablement conscience du manque de développement de cette région – à la suite de sa visite, en 1974.

    3Deux ans plus tard, le pouvoir va afficher une volonté de développement territorialement rééquilibré qui concerne le Nord mais aussi l’Ouest. L’État réalise des complexes sucriers dans le Nord, un certain nombre d’infrastructures (routes, écoles, etc.) et lance la culture du coton. Par ailleurs, une partie importante des élites du Nord sont largement intégrées dans l’appareil de l’État-parti houphouëtiste.

    4Mais ces mesures de compensation n’arrivent pas à inverser les effets du développement économique qui accentuait les avantages du Sud et de l’Est, fondés sur la concentration des grandes cultures et sur une meilleure commercialisation des produits vivriers, du fait de la présence de nombreux centres urbains drainant la main-d’œuvre du Nord.

    5S’ajoute à cela un fort taux d’analphabétisme, malgré d’importants efforts de l’État en la matière, dont les causes endogènes ne sont pas négligeables : « Bien que tous, au Nord comme au Sud, Ivoiriens comme étrangers, aient accès à l’école comme moyen d’uniformisation sociale à terme, l’offre scolaire est différemment exploitée selon les groupes. Dans le Nord, il existe très peu de scolarisation des enfants. Malinké, Sénoufo, Maliens, Guinéens, Dioula, en général, forment peu leurs enfants à l’école, mais les intègrent plutôt dans l’apprentissage des fonctions de production familiales traditionnelles dont ils ont la ressource : métayers, commerçants, colporteurs ou artisans, apprentis mécaniciens [1][1]Cf. O. Dembélé, « La construction économique et politique de la…, etc. »

    6D’autre part, le rôle du poro – rite initiatique – chez les populations sénoufo, longtemps majoritairement animistes, et une éducation souvent exclusivement coranique au détriment de l’enseignement classique en français ne sont probablement pas non plus sans relation avec ce décalage par rapport aux autres populations ivoiriennes [2][2]Le taux élevé de l’analphabétisme limitant évidemment la….

    7Tout cela engendre une situation ambiguë pour les « nordistes », d’ailleurs en nombre considérable au sud du pays : « Aujourd’hui encore, bien que très présents dans la vie économique et dans l’appareil d’État (surtout dans l’armée), ils occupent une position ambivalente, à la fois plus ou moins extérieure à cet univers ivoirien dont l’histoire s’est faite autour de la zone forestière, et toujours susceptible de pouvoir peser sur son destin, si au bout du compte les contradictions y devenaient tropfortes [3][3]Cf. J.-P. Chauveau, J.-P. Dozon, « Au cœur des ethnies…. » Par ailleurs, les Dioula, puis les étrangers issus de l’espace sahélien, marquent fortement l’identité urbaine de la colonie et du pays qui est en train de naître.

    8Parallèlement et paradoxalement, un sentiment de supériorité se développe, peut-être en partie à partir du traitement de la question de l’islam au début de la colonisation européenne. Cette religion compte aujourd’hui, en Côte d’Ivoire, plus d’adeptes que jamais, en particulier parmi les étrangers. Si la position des colons envers l’islam ivoirien fut plutôt marquée de méfiance durant presque tout le premier tiers du XXe siècle, il n’en fut pas de même au début du processus de colonisation à proprement parler, car cette religion était considérée comme un moindre mal par rapport à l’animisme : « Cette attitude procédait d’une conception évolutionniste un peu sommaire selon laquelle l’islam représentait une étape intermédiaire sur le chemin qui menait de la “sauvagerie” primitive, et animiste, à la “civilisation” occidentale, et chrétienne. Puisque les Nègres de la Forêt ne pouvaient sauter deux étapes successives d’un coup, il fallait au moins leur en faire franchir une, qui les rendrait plus ouverts aux bienfaits de la civilisation [4][4]Cf. J.-L. Triaud, « La question musulmane en Côte d’Ivoire…. » D’ailleurs : « [c’est] la situation coloniale elle-même qui créait les conditions favorables au ralliement des populations conquises sous la bannière de l’islam – comme au Sénégal. Persécuté, l’islam incarnait les aspirations populaires ou aristocratiques à la résistance; comblé de faveurs, il profitait des allées du pouvoir pour consolider son autorité sur les masses. Dans les deux cas, et parfois successivement, il était gagnant [5][5]Ibid p. 566. ». La question musulmane s’imposera désormais avec plus de force à la nation ivoirienne en gestation, alors qu’au début du processus colonial cette religion était très faiblement et superficiellement présente [6][6]Cf. E. Terray, Une histoire du royaume abron du Gyaman, Des….

    La charte du Nord : acte fondateur d’une stratégie de pouvoir

    9En 1991, paraît une Charte nordiste anonyme [7][7]FHB, déjà très affaibli, entra, après avoir pris connaissance…, intitulée Le Grand Nord en marche, largement diffusée sous forme de tract, puis reprise en tant qu’extraits dans différents journaux [8][8]Nous nous référons au tract de 1991 et non à sa reproduction…. Elle se prononce, dès la première page, pour un « Grand Nord uni, fort, crédible, partenaire à part entière et arbitre des situations futures [9][9]La problématique national-régionaliste initiée par la charte du… ».

    10Cette charte tire argument du sous-développement du Nord pour y victimiser les populations et tente de faire de semblable posture un ressort de mobilisation important. Par ailleurs, elle insinue qu’alors que les Akan du Sud boudaient le RDA (Rassemblement démocratique africain dont faisait partie le PDCI, le Parti démocratique de Côte d’Ivoire, ancien parti unique), les populations du Nord et leur leader de l’époque, Gbon Coulibaly, auraient été jadis à la pointe du combat anticolonial [10][10]La charte du Nord laisse entendre que Gbon Coulibaly était le….

    11La charte du Nord participe d’une arrogance de certains « Sahéliens » majoritairement issus des élites à l’encontre des « bushmen » : « Ils ont le sentiment de leur supériorité culturelle et religieuse et n’hésitent pas à dire qu’ils auraient accompli des fonctions civilisatrices en colonisant le Sud si les Européens ne les avaient pas précédés [11][11]O. Dembélé, « La construction », op. cit., p. 166.. » Une seconde charte du Nord répond, en 2002, à ce que ses auteurs considèrent comme une mise en cause des origines des « Nordistes » par l’« ivoirité » élaborée au Sud : « Les Nordistes ne sont-ils pas les premiers à avoir foulé la terre d’Éburnie dès le XIIIe siècle ? La Côte d’Ivoire, notre Côte d’Ivoire appartient avant tout au Nordiste qui a toujours su défendre ses intérêts [12][12]Fraternité Matin, 21 octobre 2003.. »

    12Quant à Gaoussou Ouattara, le frère aîné d’ADO, il entretient ce sentiment –ou complexe (?)– de supériorité traduit dans la charte : « Je vais dire pourquoi les chefs du Nord et du Sud ne s’entendent pas souvent. C’est simplement parce que ceux du Sud, pour des raisons historiques, on leur a donné une primauté sur la chefferie du Nord. Oubliant que les vrais chefs de ce pays, en définitive, quand on regarde bien, sont d’ici. J’ai souvent dit aux gens qu’on naît chef, on ne le devient pas. Vous avez à Abidjan des chefs-cuisiniers qui, à la fin, deviennent des chefs traditionnels. Ils portent leur couronne pour aller nous embêter au palais présidentiel. Ils n’ont même pas un millier de personnes derrière eux. Moi, j’ai derrière moi des territoires qui s’étendent jusqu’au fleuve Niger [13][13]Soir Info, 13 décembre 2000.. »

    13Le 1er octobre 1992, ADO, au plus fort de sa lutte contre Henri Konan Bédié (HKB ), ira lui-même, sous couvert de panafricanisme, dans le même senslors d’une visite officielle au Nord : « Je suis fier d’être du Nord, de cette grande région du Nord qui faisait partie d’un autre pays, la Haute-Volta, à un moment donné. La Côte d’Ivoire allait, à l’époque, de Korhogo à Bobo Dioulasso. Peut-être qu’en l’an 2000, la Côte d’Ivoire ira encore jusqu’à Niamey. C’est cela l’Afrique, et c’est ce que nous devons rechercher et non le micronationalisme qui donne une localisation régionale de la nationalité de la personne [14][14]Soir Info, 1er août 2000.. »

    14Le chercheur Coulibaly Tiémoko, quant à lui, analyse la tournée d’ADO au Nord comme point de départ de sa stratégie national-régionaliste : « [ADO ] commença à courtiser très tôt l’électeur nordiste musulman, allant jusqu’à effectuer une tournée dans le nord du pays au plus fort de la guerre de succession avec le dauphin constitutionnel. Plusieurs de ses anciens ministres ont affiché leur appartenance à ce parti dirigé par Djény Kobina, un des anciens animateurs de l’aile rénovatrice du PDCI. La propagande du RDR s’appuie sur deux registres : affirmer la nécessité de la démocratie, d’élections transparentes, tout en militant pour une alternance dans laquelle les populations du Nord, qui constituent officiellement plus du tiers, devraient jouer un rôle essentiel. L’objectif est donc de séduire l’électorat des “démocrates” et des musulmans du Nord. La question se pose de savoir quel est l’enjeu majeur : démocratiser le pays ou assurer une alternance politique à caractère ethnico-religieux ? [15][15]Cf. C. Tiémoko, « Démocratie et surenchères identitaires en… »

    15La charte du Nord veut, par ailleurs, obtenir une réhabilitation des régions septentrionales et aspire donc à un retour à l’ordre ancien par le rétablissement des structures de pouvoir traditionnelles.

    16Les auteurs dénoncent encore, comme la plupart des acteurs politiques, le régime de la propriété foncière qui subordonne théoriquement la terre à l’État; mais ils affirment qu’au Sud l’autochtone aurait des droits de propriété, alors qu’on appliquerait au Nord le droit commun de l’appartenance de la terre à l’État. Il est frappant que la charte avance de tels arguments, alors que toutes les batailles des autochtones du Sud tendent à la « récupération » des terres que les allochtones ivoiriens ou étrangers se seraient, selon eux, appropriées. Mais ce passage paraît moins surprenant si l’on veut bien se remémorer que les relations tendues entre autochtones et allochtones ne sont pas l’apanage du seul Sud. Le Nord aussi a vécu de fortes tensions entre autochtones et allochtones, surtout dans les années 1970, à la suite de l’immigration dans le Nord ivoirien de milliers de Burkinabé, Maliens et Nigériens, surtout éleveurs, en raison de terribles sécheresses. Ces derniers, accompagnés de leur bétail, entraient en conflit avec des populations pastorales, et il y eut, dans la région de Boundiali, en 1974,1980 et 1981, des affrontements avec mort d’homme [16][16]Pour une analyse récente des conflits fonciers actuels au nord….

    17Les auteurs souhaitent « battre le rappel de tout le Grand Nord en vue d’une action concertée résolument tournée vers une option dont le principe directeur sera : “ni à droite, ni à gauche, mais au milieu”. » Et ils y insistent : « [… ] il importe désormais de situer le Grand Nord à l’écart du PDCI, très loin du FPI (Front populaire ivoirien, composante de l’Internationale socialiste et dont l’actuel président Laurent Gbagbo est membre) et de l’opposition, parce que cette région doit emprunter sa propre voie, car la différence de zone entraîne, ipso facto, une différence de compréhension et de comportement et une différence d’intérêts, lesquels peuvent être complémentaires mais jamais semblables ». Et enfin : « Le Grand Nord entend donc s’organiser en fonction de ses intérêts bien propres. »

    18Mais la charte ne se contente pas de l’affirmation d’une sorte de particularisme. Les auteurs affichent une volonté de pouvoir absolu pour les ressortissants du Grand Nord : « Jouer éternellement les seconds rôles n’a absolument rien d’honorable pour ses fils. Se prêter à servir toujours de supports aux autres pour la réalisation de leurs desseins ne peut que déranger l’amour-propre et la conscience des uns et des autres, avec le sentiment coupable de notre inaptitude à pouvoir s’entendre, à faire l’union et l’unanimité autour d’un des nôtres. »

    19Les choses se clarifiant par la suite : « Faire bloc autour d’Alassane avait été notre intention première. Celle-ci date de 1989, comme l’atteste l’en-tête de ce document, alors qu’Alassane n’était encore que le président du comité ministériel. Lui prêter main-forte dans le bras de fer qui l’oppose à la gauche devient une nécessité absolue que nous envisageons de prendre à notre compte le moment venu. L’assister de notre concours afin qu’il ne tombe pas dans les pièges que lui tendent certains ténors du Régime s’inscrit en bonne place de nos prochaines activités. La défense d’Alassane figure en bonne place parmi nos objectifs. Cependant, nous tenons à préciser, tout de suite, que nous ne connaissons pas le Premier ministre, nous ne l’avons jamais approché ni de loin ni de près, et notre intention n’est pas de le côtoyer et encore moins de l’intéresser à notre projet. Nous préférons l’ignorer et le tenir à l’écart de nos futures activités pour plusieurs raisons, dont la principale demeure notre position face au problème de la succession, afin qu’il ne puisse lui être reproché d’être à l’instigation ou le commanditaire de notre projet. Qu’Alassane réussisse sa mission et sorte la Côte d’Ivoire du marasme économique que connaît notre pays, il doit être tout indiqué comme celui devant assurer la succession et prendre le relais, car il serait inconcevable qu’Alassane tire les marrons du feu et qu’un autre s’en régale [17][17]P. 9-10. En décembre 2000, peu après l’accession de Gbagbo au…. »

    20Après avoir longuement tenté de démontrer à quel point les « fils du Grand Nord » sont délaissés, la charte du Nord revendique le pouvoir pour l’un des siens. Une stratégie qui va dans le sens des thèses du chercheur Paul N’Da : D’emblée, notons que l’ethnicité se présente comme l’expression d’un besoin de pouvoir, d’un désir d’hégémonie politique. Et si l’on l’élève au-dessus du circonstanciel pour aller au substantiel, le problème de l’ethnicité apparaît sous un angle de combat double sinon trouble, pour ne pas dire fourbe.

    21La perfidie, mais aussi le pervertissement se donnent à voir dans un double langage : d’abord, l’acharnement à étriller, sur un ton dolent, un système de domination politique soupçonné de se fonder sur l’ethnie, de combler la prétention de groupes ethniques à croire qu’à eux sied le gouvernement de la République; ensuite, l’engagement à revendiquer, en même temps, pour l’ethnie d’appartenance, plus de participation politique, plus de pouvoir et peut-être le pouvoir.

    22Le combat de l’ethnicité apparaît donc comme une lutte pour s’imposer et en imposer aux autres; ce qui a pour conséquence d’engendrer des conflits d’intérêt pour participer en position avantageuse à la nationalité et à la citoyenneté. Seulement, ces conflits d’intérêt se donnent l’apparence d’être essentiellement des conflits ethniques [18][18]Cf. P. N’Da, Le drame démocratique africain sur scène en Côte….

    La charte du Nord et la production de kystes identitaires

    La diffusion massive de la charte contribuera à renforcer le kyste identitaire Nord-Dioula-Ouattara. Un kyste renforcé aussi par l’association Nord-étrangers sahéliens, déjà plus ou moins présente dans l’esprit d’un grand nombre d’Ivoiriens : « Au fur et à mesure que le Sud devenait le pôle d’attraction croissante du pays et, après l’indépendance, la manifestation concrète d’un certain “miracle ivoirien”, les gens du Nord représentent de plus en plus davantage qu’eux-mêmes. Car, tout en étant originaires de régions ayant toujours relevé, depuis sa création, du territoire ivoirien et fait normalement partie de nationaux à part entière, ils n’en furent pas moins également associés, du point de vue des gens du Sud, à une sorte de Grand Nord duquel provenaient quantité d’immigrants guinéens, maliens et burkinabé [19][19]Cf. J.-P. Dozon, « La Côte d’Ivoire entre démocratie,…. » Juliette Carle voit aussi apparaître, en particulier chez certains Sénoufo, plutôt jeunes, diplômés et urbains, l’aspiration à un Petit Nord ivoirien, par opposition à un Grand Nord sahélien transnational; une représentation qui a pour objectif de se distinguer des immigrants [20][20]Cf. J. Carle, « Quand la crise influe sur les pratiques….

    24En tout état de cause, la charte du Nord recommande à tout ressortissant du Grand Nord et à tout ami du Grand Nord de faire de l’appel son livre de chevet. Les auteurs de ce document, dont nous venons de citer de larges extraits, ont donc grandement contribué à la crise identitaire actuelle en accentuant avec force la confusion Grand Nord/Dioula/étranger/Alassane qui préexistait. De plus, les réponses ambiguës d’Alassane Ouattara aux questions concernant cette charte donneront l’impression qu’il y était plus ou moins associé, ou qu’il en partageait au moins l’esprit.

    25La charte constitue sans doute le début d’une mobilisation politique sur bases essentiellement régionalistes et ethniques, que le RDR, puis la rébellion du MPCI, sauront utiliser et améliorer en vue de peser toujours plus fortement sur la politique ivoirienne et tenter de conquérir le pouvoir. Elle produit et renforce le ressentiment des « nordistes » envers le pouvoir, de façon à pouvoir mobiliser ceux-ci comme un masse de manœuvre homogène. Le wishful thinking d’Y. Konaté résume cette volonté politique : « Dans les faits comme dans l’imagination, nordistes et musulmans, musulmans et nordistes tendent à se confondre, la mobilisation de la majorité des Ivoiriens du Nord et de la quasi-totalité des musulmans pour la cause d’Alassane le dote d’un instrument politique puissant et redoutable [21][21]Cf. Y.Konaté, « Le destin d’Alassane Dramane Ouattara », dans…. »

    26Jean-Jacques Béchio, dirigeant du RDR, poussera le raisonnement encore plus loin de manière subreptice : « En Côte d’Ivoire, malgré notre majorité sociologique, tout le monde sait que nous sommes les plus nombreux, nous avons subi trop de sortes de brimades : injures, humiliations, massacres. Nous sommes des orphelins parce que nous ne sommes pas encore au pouvoir [22][22]Soir Info, 21 mai 2002.. »

    27Qui est ce « nous » ? Sont-ce seulement les électeurs du RDR ? Pourtant, même les municipales favorables au RDR ont montré que ce dernier était loin de représenter une majorité. Sont-ce alors les musulmans ou les Sahéliens en général, nationaux et étrangers confondus ? Ou est-ce tout cela à la fois ? Les déclarations de Béchio et d’autres dirigeants du RDR et de ses satellites entretiennent ainsi, dans les représentations de ses partisans comme dans celles de ses adversaires, l’image d’un Grand Nord, libérateur pour les uns, menaçant pour les autres.

    28Il est d’ailleurs à noter que ce discours est peu ou prou légitimé par nombre de médias occidentaux qui considèrent l’accession du RDR au pouvoir comme inéluctable, compte tenu de la supposée majorité sociologique des musulmans et des Sahéliens nationaux et étrangers. Le « tout le monde sait » de Béchio s’adresse sans doute autant à ses partisans qu’à nombre d’observateurs et de journalistesoccidentaux [23][23]Ces derniers tribalisant bien souvent le débat politique à la….

    29Mais le « nordisme » ne présente pas seulement un aspect politique. Il comporte aussi un aspect paramilitaire. La fin des années 1990 sera notamment marquée par un regain de l’activité et du nombre des dozos auxquels on prête des pouvoirs magiques. À l’origine chasseurs traditionnels du Nord, et plus généralement de la zone sahélienne (Mali, Burkina Faso), ils sont de plus en plus souvent devenus des miliciens et mercenaires qui proposent leurs services aux plus offrants, et sont souvent employés à des missions de surveillance et de gardiennage [24][24]Le caractère transnational des Dozo est souligné sur leur site…. Un nombre croissant de paysans gur, sénoufo en particulier, deviendront dozos par appât du gain.

    30Au fil du temps, ces dizaines de milliers de dozos sont toujours plus difficiles à contrôler et favorables à la cause du Grand Nord incarnée par ADO. En 1998, HKB encadre strictement leur activité par une loi, sans parvenir à casser cette dynamique paramilitaire nordiste. Après son coup d’État du 24 décembre 1999, le général Gueï réhabilite les dozos et leur confie des fonctions de police. Il libère ainsi une force de frappe favorable à la dynamique nordiste que HKB avait tenté d’endiguer.

    31Le 25 janvier 2001, peu après l’accession au pouvoir de Laurent Gbagbo, les ministres de la Défense du Conseil de l’entente se rencontrent, notamment, pour « sensibiliser les chasseurs traditionnels, dont les actes déviants constituent une menace pour la sécurité des États ». On parle alors de plus de 40 000 dozos recensés en Côte d’Ivoire ! À partir de septembre 2002, les dozos seront des milliers à affluer de toute la sous-région vers le nord de la Côte d’Ivoire pour donner un coup de main à la rébellion [25][25]Cf. le site des Forces nouvelles : « Dès le début des…. Cette dernière se présentant comme une branche paramilitaire plus classique, encadrée par des officiers ivoiriens et burkinabé.

    32En tout état de cause, le RDR et ses organisations satellites ont évincé le FPI de tout le Nord à l’exception d’une petite partie du Nord-Est. À tel point qu’en 2001, lors des élections municipales, certains supposent même une politique d’exclusion des non-nordistes à l’œuvre dans le nord de la Côte d’Ivoire : « À ce jeu, le nord se présente aujourd’hui comme une zone d’exclusion politique, ou ZEP. Non seulement les Ivoiriens originaires d’autres régions du pays ont été déclarés personae non gratae au lendemain de l’invalidation de la candidature d’Alassane Ouattara, mais les listes en compétition ne comportent que des noms à consonance nordique [26][26]Soir Info, 19 mars 2001.. »

    33De plus : le boycott actif, mais en dernière minute après dépôt des dossiers de candidature, des législatives de 2000 par le RDR, ne doit pas non plus faire oublier la forte proportion de « nordistes » candidats, y compris et surtout, au Sud. Sur 957 candidats retenus, 258 sont originaires du Nord ou ont des noms à consonance nordique. Et puis le RDR présentait 94 candidats du Nord sur 214, le PDCI 59 sur 219, le FPI 44 sur 208. Sur 32 candidatures rejetées, 8 seulement étaient duNord [27][27]Soir Info, 9 décembre 2000.. L’argument de l’exclusion des ressortissants du Nord, qui pouvait sembler pertinent à l’élection présidentielle où avaient été exclus tous les candidats aux noms à consonance nordique, perd ici de sa force. À moins que le Nord ne se résumât à ADO, qui fut exclu des deux élections !

    34En tout état de cause, la progression du RPR au nord de la Côte d’Ivoire est d’autant plus notable que le FPI y avait conquis, au début des années 1990, une certaine influence au détriment du PDCI, et avec l’appui d’une partie des notables locaux [28][28]Cf. G. Faes, « Faut-il avoir peur des Nordistes ?», Jeune…. Sans la propagation massive de la problématique initiée par la charte du Nord et l’éternelle polémique autour de son éligibilité, ADO et ses « FMI boys », auteurs d’une politique impopulaire, auraient sans doute été vite oubliés, y compris au Nord !

    35La dynamique « nordiste » ne s’est mise en place que progressivement. Elle n’arrive pas à convaincre immédiatement tous les « fils du Nord » : « Défavorisé, le Nord ? On a du mal à le croire. Certes, la radio n’arrive pas jusque-là, et la télévision offre des images le plus souvent striées de bandes blanches ou constellées de points gris. Le téléphone, en cette fin de 1993, est coupé depuis une semaine, ce qui arrive, paraît-il, épisodiquement. [mais] nous n’envions pas les gens du Sud, et je n’ai jamais entendu quelqu’un me dire qu’on les avait favorisés, estime un médecin malinké, je préfère vivre ici qu’à Bingerville, à quelques kilomètres d’Abidjan [29][29]Ibid., p. 33-34. ! »

    36C’est seulement au milieu des années 1990 qu’une grande partie des chefs du Nord, jusqu’alors divisés entre PDCI, RDR et FPI, feront d’ADO leur leader incontesté, poussés en cela par les imams de la mouvance Ouattara [30][30]Ibid..

    37Les auteurs de la charte prévoyant cependant une solution de repli sur le secrétaire général du PDCI, le Sénoufo Laurent Dona Fologo [31][31]Mais sans doute ses positions hostiles à Ouattara et au RDR….

    38Pour en finir avec les origines d’ADO, lui-même se dit significativement descendant du roi de Kong, Sékou Ouattara, lequel réussit à établir un empire qui tomba quelque peu en déliquescence après sa mort, en 1745. Ce dernier, soutenu par les commerçants et les partisans de l’islam, était parvenu à soumettre, mais aussi à intégrer les populations rurales souvent de langue sénoufo. ADO entretient sans doute cette image de descendant du roi de Kong pour témoigner du caractère incontestable de ses origines ivoiriennes, et en même temps apparaître comme le nouveau leader des peuples du Nord, voire de l’espace sahélien en Afrique de l’Ouest et de ses ressortissants [32][32]ADO a, qui plus est passé, une grande partie de sa vie en….

    39En tout état de cause, le processus susceptible de constituer un bloc autour d’ADO n’est pas aussi abouti que le souhaiteraient probablement les dirigeants du RDR et de la rébellion, puisqu’une grande partie du Nord-Est et une fraction des électeurs musulmans, ou considérés comme tels, leur échappent encore. Ils peinent à élargir leur sphère d’influence. Par ailleurs, le RDR est confronté comme tous les partis politiques ivoiriens, au faible taux de participation électorale, même si son électorat semble mieux se mobiliser que celui des autres partis. Un récent article [33][33]Cf. J. Carle, « Quand la crise », op. cit. énonce au demeurant l’hypothèse que la refondation restrictive de la citoyenneté et de l’identité ivoirienne des dernières années aurait, par effet inverse, accéléré les changements de nom, notamment parmi les Sénoufo jeunes, urbains et diplômés, du dioula au sénoufo. Un processus cependant enclenché de manière déterminante chez les Sénoufo, depuis les années 1980 avec J’ai changé de nom, de Valy Charles Tuho ( 1987); le livre connut un grand succès.

    40Mis à part ces contradictions secondaires, force est de reconnaître que la stratégie de pouvoir déclenchée par la charte du Nord a permis la constitution d’un courant d’opinion extrêmement fort qui va très au-delà de l’électorat ivoirien. Elle a aussi contribué, à sa façon, à une division de plus en plus profonde du pays et de la population entre « nordistes » et « sudistes », entre musulmans et non-musulmans, entre Dioula et « bushmen ».

    41Cette stratégie ethniciste a gagné en efficacité au fur et à mesure que les pouvoirs successifs, partie prenante des politiques de régression sociale prônées par les institutions financières internationales, se sont révélés incapables de faire émerger d’autres pôles d’identités collectives orientés vers la satisfaction des besoins sociaux et démocratiques des populations, notamment étrangères.

    42Cependant, tout en perpétuant la logique ethniciste contenue dans la charte du Nord, ADO semble avoir dernièrement modifié en superficie sa stratégie. La charte du Nord affirme qu’il y avait eu entre FHB et Gbon Coulibaly une sorte de pacte secret prévoyant le transfert du pouvoir à un Nordiste, une fois le premier chef de l’État décédé; or, ADO, qui par tous ses actes donnait l’impression de s’inscrire dans pareille logique, s’est récemment prononcé en faveur d’une poursuite de l’alliance qui aurait existé entre Baoulé, Agni, Sénoufo et Malinké : « L’avenir passe par la reconstitution des grandes alliances qui ont fait la stabilité de ce pays », explique-t-il, avant de se livrer à une comptabilité à ses yeux indiscutable : « Les Baoulé et les Agni représentent 35 % de la population, les Sénoufo et les Malinké 35 % également. Bédié et moi sommes donc l’émanation de 70 % desIvoiriens [34][34]Jeune Afrique, l’Intelligent, 21 novembre 2004.. »

    43Quoi qu’il en soit, une telle approche ethniciste qui enferme tout membre autoproclamé ou assimilé d’un groupe dans une opinion politique préalable est loin d’être isolée et participe à la mise en place d’un scénario : nombre d’acteurs politiques d’aujourd’hui imposeront de nouveau, à l’approche des élections de 2005, une logique identitaire qui s’est révélée extrêmement « rentable ». Elle n’exige pas, en effet, des programmes très différents et ignore la question sociale, tous se partageant les parts d’un gâteau auquel n’accèdent que ceux qui disposent de la force brutale. Cependant, le sentiment des populations, victimes des conséquences directes et indirectes de la guerre et, dans les zones occupées par les rebelles, de l’absence d’État et d’administration, peut redistribuer les cartes du jeu politique et identitaire ivoirien, avec une issue plus incertaine que jamais.

    Notes

    • [1]Cf. O. Dembélé, « La construction économique et politique de la catégorie “étranger” en Côte d’Ivoire », dans M. Le Pape, C. Vidal (sous la direction de), Côte d’Ivoire, L’Année terrible 1999-2000, Paris, Karthala, 2002, p. 142.
    • [2]Le taux élevé de l’analphabétisme limitant évidemment la diffusion des idées contenues dans la Charte. Mais celle-ci est sans doute plus accessible que les textes fondateurs de l’ivoirité qui restent cantonnés à une petite élite. Par ailleurs, point de débats compliqués, ici, ou de points de vue contradictoires, mais des axes de combat clairement énoncés en vue d’un seul objectif : la prise du pouvoir.
    • [3]Cf. J.-P. Chauveau, J.-P. Dozon, « Au cœur des ethnies ivoiriennes… L’État », dans E. Terray (sous la direction de), L’État Contemporain en Afrique, Paris, L’Harmattan, 1987, p. 282.
    • [4]Cf. J.-L. Triaud, « La question musulmane en Côte d’Ivoire ( 1893-1939) », dossier « Société française d’outre-mer », Revue française d’histoire d’outre-mer n° 225, Paris, 1974, p. 550.
    • [5]Ibid p. 566.
    • [6]Cf. E. Terray, Une histoire du royaume abron du Gyaman, Des origines à la conquête coloniale, Paris, Karthala, 1995, p. 79-84
    • [7]FHB, déjà très affaibli, entra, après avoir pris connaissance de cette charte, dans une colère noire. Il ne réussit pas à en identifier formellement les auteurs. Plusieurs sources concordantes donnent Lamine Diabaté, dirigeant du RDR (Rassemblement des républicains, parti d’obédience libérale) et mari d’Henriette Diabaté, actuelle ministre de la Justice et secrétaire générale, comme l’auteur, ou du moins l’inspirateur de cette charte. Quant à Alassane Dramane Ouattara (ADO ), au départ plutôt réticent, il se serait laissé convaincre de jouer le rôle de leader que d’autres, parmi lesquels son grand frère Gaoussou Ouattara, lui assignaient.
    • [8]Nous nous référons au tract de 1991 et non à sa reproduction dans Fraternité matin du 21 octobre 2003.
    • [9]La problématique national-régionaliste initiée par la charte du Nord connut, en 1992, un « pic » sécessionniste avec l’appel du chanteur Alpha Blondy en faveur de la « République des peuples du nord de la Côte d’Ivoire (Les Malinké, les Sénoufo, les Tagbana, les Djimini, les Lobi, les Mahouka, les Dioula, les Koulango etc.) ». Car : « Nous ne voulons plus faire partie de la république de Côte d’Ivoire après Houphouët-Boigny » et de manière prémonitoire : « Qui veut la paix prépare la guerre. » Le 4 décembre 2000, Le Patriote, soit la voix quasi officielle du RDR, anticipera également sur les événements en publiant une carte divisant la Côte d’Ivoire en deux moitiés, Nord et Sud; le journal accusant le pouvoir d’avoir produit la coupure. La carte annonçait, exception faite de la partie Nord-Est, la zone d’occupation de la rébellion de septembre 2002 et incluait Bouaké, capitale du Centre, dans le Nord.
    • [10]La charte du Nord laisse entendre que Gbon Coulibaly était le leader de toutes les populations du Nord. Or, une partie des populations du Nord, notamment malinké, soutinrent Sékou Sanogo jusque dans les années 1950. Gbon Coulibaly ( 1860-1962) avait dû se soumettre à Samory et ensuite aux colons français, non sans avoir chaque fois essayé de s’aménager des marges de manœuvre pour asseoir un pouvoir personnel. Il fut l’alllié de FHB au PDCI-RDA. Il contribuait de manière importante à mobiliser en particulier les populations sénoufo, dont il faisait partie, aux côtés du PDCI-RDA, surtout après que ce parti eut opté, en 1950, pour une ligne plus conciliante à l’égard du pouvoir colonial.
    • [11]O. Dembélé, « La construction », opcit., p. 166.
    • [12]Fraternité Matin, 21 octobre 2003.
    • [13]Soir Info, 13 décembre 2000.
    • [14]Soir Info, 1er août 2000.
    • [15]Cf. C. Tiémoko, « Démocratie et surenchères identitaires en Côte d’Ivoire », dans Politique Africaine n° 58, juin 1995, p. 14.
    • [16]Pour une analyse récente des conflits fonciers actuels au nord de la Côte d’Ivoire, cf. T. Le Guen, « Le développement agricole et pastoral du nord de la Côte d’Ivoire : problèmes de coexistence », dans Les Cahiers d’Outre-Mer, Revue de Géographie de Bordeaux, Tome LVII, n° 226-227, avril-mai 2004.
    • [17]P. 9-10. En décembre 2000, peu après l’accession de Gbagbo au pouvoir, lorsque la Cour suprême déclara ADO inéligible parce qu’il n’avait pu, selon elle, apporter la preuve de sa nationalité, on se rendit compte à quel point il n’y avait pas là des paroles en l’air. En effet, selon Soir Info du 2 décembre 2000, Alphonse Soro, président du Forum des associations du Grand Nord déclare : « Nous donnons 72 heures aux autorités afin qu’elles prennent leurs responsabilités, sinon nous allons nous déchaîner. Il n’y aura pas de campagne électorale dans le Grand Nord. » Le boycott sera effectivement des plus efficaces. Lorsque quelques semaines plus tard, le scrutin put y avoir lieu, le taux de participation y était de 13 % ! Ce taux d’abstention extrêmement élevé des partisans du RDR et des électeurs intimidés par le boycott permit au PDCI, avec ce qui lui restait de ses réseaux, de remporter la mise et de faire jeu égal avec le FPI à l’Assemblée nationale. Seul le siège de Kong où se présentait ADO reste jusqu’aujourd’hui vacant.
    • [18]Cf. P. N’Da, Le drame démocratique africain sur scène en Côte d’Ivoire, Paris, L’Harmattan, 1999, p. 266-267.
    • [19]Cf. J.-P. Dozon, « La Côte d’Ivoire entre démocratie, nationalisme et ethnonationalisme », dossier « Côte d’Ivoire : La tentation ethnonationaliste », Politique Africaine n° 78, Paris, Karthala, 2000, p. 57-58.
    • [20]Cf. J. Carle, « Quand la crise influe sur les pratiques nominales, Les changements de nom chez les Sénoufo de Côte d’Ivoire », Politique Africaine n° 95,2004.
    • [21]Cf. Y.Konaté, « Le destin d’Alassane Dramane Ouattara », dans M. Le Pape et C. Vidal, Côte d’Ivoire, L’Année terrible 1999-2000op. cit., p. 290.
    • [22]Soir Info, 21 mai 2002.
    • [23]Ces derniers tribalisant bien souvent le débat politique à la manière de monsieur Jourdain.
    • [24]Le caractère transnational des Dozo est souligné sur leur site par les Forces nouvelles(nouvelle appellation des rebelles du MPCI) : « L’histoire des Dozo remonte au Moyen Âge, lorsque le Dozo Soundjata Keïta créa l’empire mandingue qui s’étendait sur une grande partie du Sahel actuel. »
    • [25]Cf. le site des Forces nouvelles : « Dès le début des événements du 19 septembre 2002, les Dozo ont rejoint les rangs du MPCI. Considérant leur territoire agressé depuis trop longtemps, leur historique mission de protection les a conduits à s’impliquer aux côtés des éléments du MPCI (actuelles Forces Nouvelles). Ils ont créé leur propre section : la Compagnie des guerriers de la lumière, avec à sa tête le charismatique commandant Bamba. Nombre des éléments de cette section sont détachés au sein de la Compagnie Guépard. »
    • [26]Soir Info, 19 mars 2001.

    1991. Le Grand Nord en marche

    La charte nordique de ses fils aux quatre coins de la Côte d’Ivoire, de ses fils au terroir.

    Intellectuels, analphabètes, responsables, cadres, militaires, ouvriers, commerçants, par notre voix, le Grand Nord bat le rappel et le rassemblement pour un Grand Nord uni, fort, crédible, partenaire à part entière, arbitre des situations futures au sein d’un ensemble ivoirien rénové, équitable, cohérent.

    Plan de relance économiqueLe gouverneur Alassane Ouattara a besoin du soutien des citoyens (Félix Houphouët) et singulièrement du soutien des siens, toutes races confondues, de la communauté du Grand Nord à laquelle il appartient, dirons-nous.

    Une telle invitation faite par la voix la plus autorisée du pays, celle du président de la République, non seulement montre l’importance de l’événement, mais aussi suffit à motiver, à l’occasion du premier anniversaire du gouvernement Alassane Ouattara, auteurs de la présente initiative qui prennent à leur compte l’appel en question pour surenchérir que si le Premier ministre a plus que besoin du soutien de tous les Ivoiriens, celui de la communauté du Grand Nord–toutes ethnies confondues –, communauté à laquelle il appartient, apparaît désormais comme inéluctable en vue de l’aider à mener à bien sa mission dont le succès débouche forcément sur la voie de la succession.

    L’histoire, dit-on, aime à se répéter. À la Seconde Guerre mondiale a succédé, à travers le continent africain, une crise. Cette crise-là était celle de l’oppression et de l’asservissement, celle des inégalités sociales et de l’exploitation. En Côte d’Ivoire, cette crise a eu pour aspect le plus douloureux le travail forcé de triste mémoire, dont les populations du Nord ont particulièrement souffert. Aussi, à l’appel du leader politique Félix Houphouët Boigny qui incarnait à l’époque la lutte contre cette crise, le patriarche Gon Coulibaly, ayant été le premier parmi tous ses pairs de la chefferie ivoirienne à répondre à cet appel, n’a pas manqué de porter haut et sans défaillance l’étendard de cette lutte au prix de mille et une péripéties. Imité en cela par son peuple, les communautés sénoufo et malinké du Grand Nord ont également été les toutes premières à constituer l’avant-garde de cette lutte en ayant été un modèle de mobilisation massive et spontanée, d’adhésion collective, dont on ne saurait énumérer aujourd’hui tous les hauts faits accomplis au prix de sacrifices de tout genre.Si la rencontre historique, celle de Korhogo, du chef politique d’un mouvement d’émancipation, le RDA, et du chef spirituel d’un peuple, a scellé un pacte entre les deux personnes, il est aisé de deviner ce qu’a pu être le contenu dudit pacte. Assurer la succession de ses enfants et petits-enfants sur son trône pour la bonne conduite des affaires de son territoire, garantir la pérennité de son pouvoir à travers ses hommes, mener son peuple au bonheur et au progrès, promouvoir le bien à travers tout son pays, voilà qui devait résumer l’essentiel des vœux du patriarche Gon Coulibaly.

    Bien avant le leader politique, en homme spirituel très doué, le patriarche Gon Coulibaly avait pressenti le triomphe des idéaux du RDA, ce qui a motivé et justifié sa prise de position anticipée et irréversible, alors que parmi les autres groupes ethniques de Côte d’Ivoire, notamment le groupe Akan, le RDA était boudé, souvent combattu avec la dernière énergie.L’apport massif du Grand Nord, l’adhésion collective de ses fils mus par une détermination farouche qui a souvent fait reculer l’administration coloniale, quoi qu’on dise aujourd’hui, ont figuré en bonne place parmi les facteurs décisifs de la victoire du RDA.

    Il faut se dire, et chacun le sait par-devers soi, sans la constance de la participation agissante et opiniâtre collective et solidaire des fils du Grand Nord, à l’intérieur comme à l’extérieur de leur région, le triomphe des idéaux du RDA, eût été difficilement concevable.Cette crise-là, la plus perverse, la Côte d’Ivoire a su la surmonter, la vaincre, et l’un des artisans de cette victoire est ce fils valeureux du Grand Nord, qu’était Gon Coulibaly.

    Malheureusement, il n’a pas survécu pour savourer avec les autres le fruit de la victoire. Pour le peuple qu’il a laissé derrière lui, ce fruit a plutôt eu un goût amer parce que le résultat n’a nullement correspondu aux engagements pris et à l’attente des populations du Grand Nord.De sa tombe, le patriarche a pu assister à l’abolition méthodique et orchestrée de son autorité, à la désintégration des structures de son commandement qu’étaient les chefferies de canton et de village.

    Ce que l’administration coloniale a trouvé sur place lors de la pénétration française, ce que cette administration a épargné et a su respecter, ce que le raz de marée de l’Almamy Samory Touré a également épargné, ironie du sort, c’est cela que la nouvelle administration ivoirienne, issue de la décolonisation à laquelle le patriarche Gon Coulibaly a pourtant si efficacement contribué, prend la responsabilité de détruire, on ne sait au nom de quel parti.

    Depuis trois décennies, la question qui pèse sur toutes les langues au Grand Nord, sans être posée, soit par crainte des représailles prévisibles de l’autorité en place, soit par mesure de précaution pour sauvegarder des intérêts personnels, demeure la suivante : Pourquoi l’administration ivoirienne s’est-elle acharnée à détruire, sur toute l’étendue du Grand Nord, les structures de commandement qu’étaient les chefferies traditionnelles, alors que, dans la partie Sud du pays, et notamment chez les Akan, ces mêmes chefferies sont, de nos jours, encore tolérées ? Mieux, la tradition de la succession est toujours de rigueur, les cérémonies qui matérialisent généralement cette succession sont honorées de la présence des représentants officiels.

    Là où le bât blesse, cette chefferie a droit de cité puisqu’on la retrouve au protocole présidentiel d’accueil, notamment à Yamoussoukro, à l’occasion de toutes les visites des hôtes de marque de la Côte d’Ivoire.

    Contestable et inique, apparaît également le régime de la propriété foncière où l’anomalie réside dans le fait que ce régime, au Grand Nord, obéit au principe de notre Constitution selon lequel la terre appartient à l’État, alors qu’au Sud de notre pays, dans toute la zone forestière, l’autochtone a droit de propriété sur les terres de ses ancêtres.Là encore, l’autorité administrative tombe sous le coup de l’interpellation, car la politique de deux poids deux mesures si chère à cette autorité ne l’honore nullement.Au-delà de l’interpellation, il y a la révision qui en appelle à la réhabilitation, à laquelle aspirent tous les fils du Grand Nord.

    La réhabilitation en question passe forcément par un retour des choses à l’ordre ancien, ou par une remise en cause de tout le système, dans un contexte national, pour une solution juste et réaliste. C’est aussi ce besoin de réhabilitation de la mémoire du patriarche Gon Coulibaly, commandeur du peuple sénoufo auquel le peuple malinké reste solidaire. Besoin il y a également d’une journée commémorative en l’honneur de celui qui, à travers trois aventures, l’aventure de la présence française imposée par la force, l’aventure du fait colonial, en passant par l’intermède de l’Almamy Samory Touré, et l’aventure de la lutte émancipatrice, a su, par ses dons exceptionnels, mettre son peuple à l’abri des périls liés à chacune de ces aventures. Journée commémorative en tant que symbole, par lequel tous les fils de la région se reconnaîtront désormais pour aborder et réaliser le ralliement constructif autour d’une idée force – « un pour tous, tous pour un » – au service de l’intérêt supérieur d’un Grand Nord réhabilité en tant que membre à part entière d’un nation ivoirienne forte et harmonieuse.

    Faire renaître le sentiment de l’attachement mutuel sur fond de nos affinités traditionnelles, raviver la notion de solidarité ethnique entre communautés unies par un même destin, propager la vertu de l’esprit de sacrifice pour forger un idéal lumineux, redéfinir une position commune au sujet d’un modèle de société où l’égalité sera la règle, voilà qui constitue une ambition prétentieuse mais non impossible.

    Battre le rappel de tout le Grand Nord en vue d’une action concertée résolument tournée vers une option dont le principe directeur sera : « Ni à droite, ni à gauche, mais au milieu. »Ce milieu représentera la force vive qui ne manquera pas d’incarner l’avènement du renouveau nordique, de donner naissance à une troisième force à michemin entre le PDCI et le FPI, à même de s’imposer comme l’arbitre des prochaines consultations électorales.

    C’est cette vocation-là qui sied désormais au Grand Nord, vocation à laquelle tous les fils du Grand Nord se doivent de contribuer.Sans renier notre passé de la période des luttes pathétiques et héroïques du RDA, sans remettre en cause notre attachement aux idéaux du grand parti, le RDA, il importe désormais de situer le Grand Nord à l’écart du PDCI, très loin du FPI et de l’opposition, parce que cette région doit emprunter sa propre voie, car la différence de zone entraîne, ipso facto, une différence de compréhension et de comportement et une différence d’intérêts, lesquels peuvent être complémentaires mais jamais semblables.

    En fonction de la nouvelle démarche que le Grand Nord doit entreprendre, eu égard à la spécificité de la quête à laquelle il doit se livrer, parce qu’il y a ce besoin ardent d’identité à conquérir et à afficher, cette aspiration légitime d’affirmer, sur le plan national, une personnalité régionale forte et indépendante, une telle prise de position s’impose désormais comme la voie du salut.Le PDCI subit l’inévitable processus de l’ordre divin : la naissance, l’épanouissement, le rayonnement et le déclin.Tous les partis politiques africains de la même génération que le PDCI sont aujourd’hui en butte à d’énormes difficultés menaçant leur existence sous l’effet du multipartisme, qu’il s’agisse du ZAPU, du KANU ou du FLN qui vient de connaître une défaite cuisante aux récentes élections législatives algériennes.

    Que sont devenues les formations politiques nationales françaises qu’étaient le RPF, la SFIO ou le MRP ?Sous l’effet du vieillissement et celui de l’indifférence populaire consécutive à la déception de leurs militants, les jeunes de ces partis politiques, alors les François Mitterrand, Guy Maunory, et plus tard les Jacques Chirac, sont convenus de la refonte desdits partis à travers plusieurs formations de moindre taille. Ainsi, ils ont pu sauver l’essentiel, et l’idéal socialiste ou gaulliste a finalement survécu.

    Les stratèges des anciens partis politiques africains, vieux de plus de trenteans, seront bien inspirés en tenant compte des expériences françaises.Plutôt être le roseau que le chêne de La Fontaine, et survivre au raz de marée qui se prépare à venir et est capable de balayer tout sur son passage, serait une sage précaution.Notre fidélité et notre attachement à l’idéal RDA ne se discutent pas et ne se monnayent pas, ce qui n’exclut nullement notre désaccord avec le PDCI.

    Peut-être nous saura-t-on gré, un jour, de notre prise de position et des aspirations fondamentales et motivées qui la sous-tendent, tout en étant conscients que ladite prise de position représente un « pavé dans la mare » et les réactions prévisibles ne sauront nous incommoder outre mesure.Pour les sceptiques et ceux qui peuvent mettre en doute notre détermination, nous rappelons la récente grève des producteurs de coton en novembre dernier.De la part des collectivités paysannes du Grand Nord, cela n’a pas manqué de surprendre désagréablement plus d’un Ivoirien. À partir de ce constat, on doit se dire que tout est possible.

    Le peuple est versatile, le peuple aime le changement et les promesses impossibles. C’est tout cela qui fait la force de l’opposition chez nous.Les arguments mensongers de cette opposition sont aujourd’hui primés et écoutés par la masse, au détriment des vérités pourtant palpables du PDCI-RDA.Ceci est un phénomène naturel. Personne n’y peut rien, et la déception populaire aidant, les leaders des nouveaux partis politiques ont des auréoles de messie.

    Le président Félix Houphouët-Boigny, dans le passé, a fait figure de messie.La Grand Nord n’entend pas être la nouvelle victime d’une Assemblée nationale et d’un gouvernement de l’opposition. Une fois, ça suffit. Le Grand Nord entend donc s’organiser en fonction de ses intérêts bien propres.Notre initiative dispose de quoi toucher la sensibilité des masses, des arguments et du langage appropriés à cet effet.

    Enfin, dernière motivation, être toujours à la remorque d’auteurs de courants politiques, auteurs étrangers à notre région n’honore nullement les fils du Grand Nord dont l’esprit d’entreprise et de créativité n’est plus à démontrer.Jouer éternellement les seconds rôles, n’a absolument rien d’honorable pour ses fils. Se prêter à servir toujours de supports aux autres pour la réalisation de leurs desseins ne peut que déranger l’amour-propre et la conscience des uns et des autres, avec le sentiment coupable de notre inaptitude à pouvoir s’entendre, à faire l’union et l’unanimité autour d’un des nôtres. Aussi serait-ce trop que de demander à chaque fils originaire de ce Grand Nord, digne et fier de l’être, de faire fi de ses susceptibilités individualistes, de faire taire ses ambitions personnelles afin de pouvoir apporter, sur l’autel de l’union sacrée, le meilleur de soi-même ?

    Depuis 1985, la Côte d’Ivoire traverse une autre crise, économique cette fois-ci, la plus grave de sa jeune histoire de Nation. Toutes les tentatives jusqu’en 1989 pour juguler cette crise ont été infructueuses. On se souvient même que le programme Koumoué de relance économique a mené le pays à un doigt de la révolte populaire.

    Devant l’incapacité notoire de ses proches collaborateurs à trouver une solution à cette crise, le chef de l’État, en désespoir de cause, fait appel à un Ivoirien de l’extérieur, en la personne d’Alassane Ouattara, alors gouverneur de la BCEAO.C’est alors le tollé général orchestré par les ténors du régime et par d’autres Ivoiriens de la zone forestière pour contester à Alassane Ouattara sa qualité d’Ivoirien. Pour eux, c’est un Burkinabé.Tout fils du Grand Nord se trouve généralement indigné et choqué par le comportement de l’Ivoirien de la zone forestière. Pour lui, le porteur d’un nom à résonance dioula ou sénoufo est, ipso facto, un étranger, un Ivoirien de circonstance. Que n’entend-on pas à longueur de journée : « Vous, les Dioula ceci, vous, les Dioula cela » ? Cette opinion a entraîné un comportement qui empoisonne la cohabitation, et notre initiative va être la réaction prévisible à cet état de chose sans pourtant déboucher sur la rupture.

    Malgré une mise au point du chef de l’État au cours d’une conférence de presse où il a apporté un démenti formel à toutes les assertions relatives au cas Alassane, l’opinion n’a point changé, et les mentalités ont plutôt continué à évoluer dans le sens de l’hostilité. C’est au cours de cette conférence de presse qu’il a été dit : « Le gouverneur Alassane Ouattara a besoin du soutien des citoyens. »

    C’est à partir de cette conférence de presse également, et sur la base de cette déclaration du chef de l’État, en fonction par ailleurs des intentions manifestes d’obstruction à la mission du Premier ministre, qu’a été conçue et élaborée la présente initiative.

    Il convient, le moment venu, d’interpeller cette catégorie d’Ivoiriens sur les sujets qui font du Grand Nord une région laissée-pour-compte et de ses habitants, des citoyens de seconde zone. Il est temps, et grand temps de crever l’abcès que constitue cette situation qui n’en finit pas d’empoisonner les relations entre communautés.

    Continuer à vivre dans cette atmosphère empoisonnée, en gardant le modus vivendi actuel, n’est plus acceptable pour le Grand Nord.C’est pourquoi, du reste, la liberté d’expression et le multipartisme aidant, la présente initiative est promise à un grand succès et ne manquera pas de soulever l’enthousiasme populaire. Les arguments à cet effet seront au rendez-vous.

    Parce qu’ils sont oublieux de la géographie et de l’histoire de leur pays, ces Ivoiriens ignorent que la pénétration française est passée par Kong bien avant la plupart des contrées de Côte d’Ivoire, que la région de Kong fait bel et bien partie de l’ensemble territorial ivoirien.À Kong, depuis des millénaires, le pouvoir temporel, la chefferie est exercée par les Ouattara, et le pouvoir spirituel par les Sanogo. Les Ouattara et les Sanogo de Bobo-Dioulasso, de Banfora et de leurs environs, seule région où on les rencontre, sont originaires de Kong.

    Alassane Dramane Ouattara, né en Côte d’Ivoire, ayant ses origines à Kong, donc en Côte d’Ivoire, est un authentique Ivoirien à part entière et un titulaire de l’identité du Grand Nord. En marge de cette affaire, on peut, à loisir, évoquer le cas Usher Assouan. Et pourtant, aucune voix ne s’est élevée, en aucun moment, pour lui contester la qualité d’Ivoirien.Suivant l’opinion généralement admise dans la Côte d’Ivoire-Sud, ne sont ivoiriens que ceux qui appartiennent à la zone forestière. Même leurs intellectuels s’accordent sur cette définition et la cautionnent.

    L’honneur qui a été fait à Alassane Ouattara par le chef de l’État, en portant son choix sur lui pour mener à bien le redressement économique de notre pays, rejaillit forcément sur tout le Grand Nord. Le succès ou l’échec de cette mission préoccupe et concerne tous ses frères du Nord.Faire bloc autour d’Alassane avait été notre intention première. Celle-ci date de 1989, comme l’atteste l’en-tête de ce document, alors qu’Alassane n’était encore que le président du comité interministériel.

    Lui prêter main forte dans le bras de fer qui l’oppose à la gauche devient une nécessité absolue que nous envisageons de prendre à notre compte le moment venu. L’assister de notre concours, afin qu’il ne tombe pas dans les pièges que lui tendent certains ténors du régime, s’inscrit en bonne place au tableau de nos prochaines activités.

    Insulter un des nôtres, le traîner dans la boue et ensuite venir au Grand Nord, chez lui, tenter de mobiliser ses frères en faveur d’une politique qui lui est hostile, constitue un affront auquel nous n’avons pu répondre pour le moment parce que nous ne réunissons pas encore les conditions idéales à cet effet.

    La défense d’Alassane figure en bonne place parmi nos objectifs. Cependant, nous tenons à préciser, tout de suite, que nous ne connaissons pas le Premier ministre, nous ne l’avons jamais approché ni de loin ni de près, et notre intention n’est pas de le côtoyer et encore moins de l’intéresser à notre projet.

    Nous préférons l’ignorer et le tenir à l’écart de nos futures activités pour plusieurs raisons, dont la principale demeure notre position face au problème de la succession, afin qu’il ne puisse lui être reproché d’être l’instigateur ou le commanditaire de notre projet.

    À égale chance, tous les Ivoiriens doivent et peuvent briguer cette succession. La notion de successeur désigné, de dauphin, est désormais caduque, depuis l’avènement du multipartisme. Qu’Alassane réussisse sa mission et sorte la Côte d’Ivoire du marasme économique que connaît notre pays, il doit être tout indiqué comme celui devant assurer la succession et prendre le relais. Car il serait inconcevable qu’Alassane tire les marrons du feu et qu’un autre s’en régale.

    Il faut désormais militer en faveur d’un Grand Nord qui n’entend plus être à la remorque que d’un courant politique prôné et dirigé par un des siens. Lutter pour l’avènement d’un Grand Nord qui ne veut plus s’identifier à travers les autres, un Grand Nord soucieux de se doter d’une personnalité forte, d’affirmer celle-ci sur le plan national et d’assumer pleinement ses responsabilités dans un ensemble ivoirien cohérent.

    Du fait que notre action va reposer sur un fondement d’équité, sans discrimination aucune, parce qu’elle incarne des aspirations légitimes bien ressenties par les populations d’une région tout entière, parce que les dispositions physiques et morales de ces populations ont toujours su les mettre au service d’une cause noble, parce que la disponibilité proverbiale des populations a constitué dans le passé, pour le RDA, les facteurs de la victoire, nous faisons des vertus cardinales de ces populations l’atout majeur de notre succès futur.

    Notre ambition aura pour objectif : « Un Grand Nord uni, fort, crédible dans un ensemble ivoirien rêvé et cohérent où seules la qualité et la compétence seront les critères d’appréciation, de promotion, où la notion de l’intérêt supérieur du pays primera sur celle de l’intérêt égoïste, personnel. »Pour y parvenir, une seule ligne de conduite, celle dont traite notre document, qu’il ne faut nullement assimiler à une quelconque forme d’incitation au racisme.

    Il convient d’insister sur notre position au sujet de la succession, les interprétations malveillantes et erronées pouvant nous être attribuées. Le cas Alassane est de ceux qui s’insèrent de plein droit au concept d’un Grand Nord en tant qu’entité régionale, zone d’influence responsable. Celle-ci doit rester constamment attentive et à l’écoute de tout ce qui la touche de près ou de loin.

    Appartenir à cette zone explique notre conduite et justifie notre prise de position en faveur du Premier ministre, en reconnaissant en lui un des candidats potentiels à la succession.

    À propos de cette succession, nous plaidons également en faveur de Laurent Dona-Fologo, secrétaire général du PDCI-RDA.Le secrétaire général d’un parti politique au pouvoir sous d’autres cieux et en d’autres circonstances est le successeur désigné à la tête de l’État.

    Ayant hérité d’une situation désastreuse sur le plan financier, avec une organisation défectueuse, honoré par le président du parti de la même façon et dans les mêmes circonstances de difficultés qu’Alassane, honneur auquel tout le Grand Nord reste sensible, si d’aventure, Laurent Dona-Fologo arrivait à remplir avec succès la mission qui lui est ainsi confiée, alors il aura gagné son visa pour une candidature à la présidence de la République et le soutien du Grand Nord ne lui fera pas défaut.Ils sont nombreux les fils du Grand Nord qui, par leur compétence, leur intégrité morale et leur dévouement, sont tout aussi aptes à jouer les premiers rôles dans ce pays.

    Partant, notre initiative ne saurait être à la solde de qui que ce soit, tout en restant au service de tous.Nous militons Grand Nord, et nous sommes des défenseurs mobilisés des intérêts de notre région.Vive un Grand Nord uni, fort, crédible,Vive une Côte d’Ivoire rénovée, équitable, cohérente.

    Pour le comité constitutif, le président provisoire-

    2002. La nouvelle Charte nordique 2.O

    Au moment où tout le monde cherche les origines de tout le monde, ce qui est presque devenu un jeu, une sorte de Trivial Pursuit, version tropicale, avec son cortège de « manipulations ad hominem » conduit par des « Blakoros » et des « Boussoumanis » appelés Ivoiritaires, le Grand Nord, victime ciblée, doit se lever pour dire : Ça suffit ! Jusqu’à quand ce monstre « politicoéconomicojuridique » baptisé « ivoirité » va-t-il persécuter ses filles et fils ? De Bédié à Gbagbo en passant par Guéi, les Nordistes sont restés dans la même spirale de mépris de la part des différents régimes. Les Nordistes ne sont-ils pas les premiers à avoir foulé la terre d’Éburnie dès le XIIIe siècle ? La Côte d’Ivoire, notre Côte d’Ivoire appartient avant tout au Nordiste qui a toujours su défendre ses intérêts. Pour mémoire, à l’appel du leader politique, Félix Houphouët-Boigny, qui incarnait à l’époque la lutte contre la crise née de l’oppression et de l’asservissement, celle des inégalités sociales et de l’exploitation, le patriarche Gon Coulibaly a été le premier parmi tous ses pairs de la chefferie ivoirienne à y répondre, en portant haut et sans défaillance l’étendard de cette lutte au prix de mille et une péripéties.

    Imité en cela par son peuple, les communautés sénoufo et malinké du Grand Nord ont également été les toutes premières à constituer l’avant-garde de cette lutte en ayant un modèle de mobilisation massive et spontanée, d’adhésion collective, dont on ne saurait énumérer, aujourd’hui, tous les hauts faits accomplis au prix de sacrifices de tout genre.

    Si la rencontre historique, celle de Korhogo, du leader politique d’un mouvement d’émancipation, le RDA, et du chef spirituel d’un peuple, a scellé un pacte entre les deux personnes, il est aisé de deviner ce qu’a pu être le contenu dudit pacte.

    Assurer la succession de ses enfants et petits-enfants sur son trône pour la bonne conduite des affaires de son territoire, garantir la pérennité de son pouvoir à travers ses héritiers, mener son peuple au bonheur et au progrès, promouvoir le bien-être à travers tout son pays, voilà qui devait résumer l’essentiel des vœux du patriarche Gon Coulibaly.

    Bien avant le leader politique, en homme spirituellement très doué, le patriarche Gon Coulibaly avait pressenti le triomphe des idéaux du RDA, ce qui a motivé et justifié sa prise de position anticipée et irréversible, alors que parmi les autres groupes ethniques de Côte d’Ivoire, notamment le groupe akan, le RDA était boudé, souvent combattu avec la dernière énergie.

    L’apport massif du Grand Nord, l’adhésion collective de ses fils mus par une détermination farouche qui a souvent fait reculer l’administration coloniale, quoi qu’on dise aujourd’hui, ont figuré en bonne place parmi les facteurs décisifs de la facile victoire du RDA.

    Il faut se dire, et chacun le sait par-devers soi, que sans la constance de la participation agissante et opiniâtre, collective et solidaire des fils du Grand Nord, à l’intérieur comme à l’extérieur de leur région, le triomphe des idéaux du RDA eût été difficilement concevable. Cette crise-là, la plus perverse, la Côte d’Ivoire a su la surmonter, la vaincre, et l’un des artisans de cette victoire est le fils valeureux du Grand Nord qu’était Gon Coulibaly.

    Malheureusement, il n’a pas survécu pour savourer avec les autres le fruit de la victoire. Pour le peuple qu’il a laissé derrière lui, ce fruit a plutôt eu un goût amer parce que le résultat n’a nullement correspondu aux engagements pris et à l’attente des populations du Grand Nord.

    De sa tombe, le patriarche a pu assister à l’abolition méthodique et orchestrée de son autorité, à la désintégration des structures de son commandement qu’étaient les chefferies de canton et de village.Ce que l’administration coloniale a trouvé sur place lors de la pénétration française, ce que cette administration a épargné et a su respecter, ce que le raz de marée de l’Almamy Samory Touré a également épargné, ironie du sort, c’est cela que la nouvelle administration ivoirienne, issue de la décolonisation à laquelle le patriarche Gon Coulibaly a pourtant si efficacement contribué, prend sur elle la responsabilité de détruire, on ne sait au nom de quel principe.

    Depuis 3 semaines, la question qui pèse sur toutes les langues au Grand Nord, sans être posée, soit par crainte des représailles prévisibles de l’autorité en place, soit par mesure de précaution pour sauvegarder des intérêts personnels, demeure la suivante : Pourquoi l’administration ivoirienne s’est-elle acharnée à détruire sur toute l’étendue du Grand Nord, les structures de commandement qu’étaient les chefferies traditionnelles alors que dans la partie Sud du pays, ces mêmes chefferies sont, de nos jours, encore tolérées ? Mieux, la tradition de la succession est toujours de rigueur et les cérémonies qui matérialisent généralement cette succession sont honorées de la présence des représentants officiels.

    Là où le bât blesse, cette chefferie a droit de cité puisqu’on la retrouve au protocole présidentiel d’accueil, à l’occasion de toutes les visites des hôtes de marque de la Côte d’Ivoire.Contestable et inique, apparaît également le régime de la propriété foncière où l’anomalie réside dans le fait que ce régime, au Grand Nord, obéit au principe de notre Constitution selon lequel la terre appartient à l’État, alors qu’au Sud de notre pays, dans toute la zone forestière, l’autochtone a droit de propriété sur les terres de ses ancêtres.

    Là encore, l’autorité administrative tombe sous le coup de l’interpellation, car la politique de deux poids deux mesures si chère à cette autorité ne l’honore nullement.Au-delà de l’interpellation, il y a la révision qui en appelle à la réhabilitation, à laquelle aspirent tous les fils du Grand Nord.La réhabilitation en question passe forcément par un retour des choses à l’ordre ancien, ou par une remise en cause de tout le système, dans un contexte national, pour une solution juste et réaliste.

    C’est aussi ce besoin de réhabilitation de la mémoire du patriarche Gon Coulibaly, commandeur du peuple sénoufo auquel le peuple malinké reste solidaire.Besoin il y a également d’une journée commémorative en l’honneur de nos patriarches qui, à travers trois aventures, l’aventure de la présence française imposée par la force, l’aventure du fait colonial, en passant par l’intermède de l’Almamy Samory Touré, et l’aventure de la lutte émancipatrice, ont su, par leurs dons exceptionnels, mettre leur peuple à l’abri des périls liés à chacune de ces aventures.

    Journée commémorative en tant que symbole, par lesquels tous les fils de la région se reconnaîtront désormais pour aborder et réaliser le ralliement constructif autour d’une idée force, « un pour tous, tous pour un », au service de l’intérêt supérieur d’un Grand Nord réhabilité en tant que membre à part entière d’une nation ivoirienne forte et harmonieuse.Faire renaître le sentiment de l’attachement mutuel sur fond de nos affinités traditionnelles, raviver la notion de solidarité ethnique entre communautés unies par un même destin, propager la vertu de l’esprit de sacrifice pour forger un idéal lumineux, redéfinir une position commune au sujet d’un modèle de société où l’égalité sera la règle, voilà qui constitue une ambition prétentieuse mais non impossible.

    Battre le rappel de tout le Grand Nord en vue d’une action concertée résolument tournée vers une option dont le principe directeur sera : « Ni à droite, ni à gauche, mais au milieu. »Un milieu à même de s’imposer comme arbitre.C’est cette vocation-là qui sied désormais au Grand Nord, vocation à laquelle tous les fils du Grand Nord se doivent de contribuer.

    Il importe désormais de situer le Grand Nord à l’écart du PDCI, très loin du FPI, qui n’a pas hésité un seul instant à tuer ses fils. Parce que cette région doit emprunter sa propre voie, car la différence de zone entraîne, ipso facto, une différence de compréhension et de comportement et une différence d’intérêts, lesquels peuvent être complémentaires mais jamais semblables.En fonction de la nouvelle démarche que le Grand Nord doit entreprendre, eu égard à la spécificité de la quête à laquelle il doit se livrer, parce qu’il y a ce besoin ardent d’identité à conquérir et à afficher, cette aspiration légitime d’affirmer sur le plan national, une personnalité régionale forte et indépendante, une telle prise de position s’impose désormais comme la voie du salut.

    Le président Félix Houphouët-Boigny, dans le passé, fait figure de messie.Le Grand Nord n’entend pas être la nouvelle victime de qui que ce soit, une fois, ça suffit, le Grand Nord entend donc s’organiser en fonction de ses intérêts bien propres.Notre initiative dispose de quoi toucher la sensibilité des masses, des arguments et du langage approprié, à cet effet.

    Enfin, dernière motivation, être toujours à la remorque d’auteurs de courants politiques, auteurs étrangers à notre région, n’honore nullement les fils du Grand Nord dont l’esprit d’entreprise et de créativité n’est plus à démontrer. Jouer éternellement les seconds rôles n’a absolument rien d’honorable pour ses fils. Se prêter à servir toujours de supports aux autres pour la réalisation de leurs desseins ne peut que déranger l’amour propre et la conscience des uns et des autres, avec le sentiment coupable des nôtres.Aussi, serait-ce trop que de demander à chaque fils originaire de ce Grand Nord, digne et fier de l’être, de faire fi de ses successibilités individualistes, de faire taire ses ambitions personnelles afin de pouvoir apporter, sur l’autel de l’union sacrée, le meilleur de soi-même ?

    Depuis 1985, la Côte d’Ivoire traverse une autre crise, économique cette fois-ci, la plus grave de sa jeune histoire de nation.Toutes les tentatives, jusqu’en 1989, pour juguler cette crise, ont été infructueuses. On se souvient même que le programme Koumoue de relance économique a mené le pays à un doigt de la révolte populaire. Devant l’incapacité notoire de ses proches collaborateurs à trouver une solution à cette crise, le président Houphouët-Boigny, en désespoir de cause, fait appel à un Ivoirien de l’extérieur, en la personne d’Alassane Dramane Ouattara, alors gouverneur de la BCEAO.

    C’est alors le tollé général orchestré par les ténors du régime et par d’autres Ivoiriens de la zone forestière pour contester à Alassane Ouattara sa qualité d’Ivoirien. Pour eux, c’est un Burkinabé.Tout fils du Grand Nord se trouve généralement indigné et choqué par le comportement de l’Ivoirien de la zone forestière. Pour lui, le porteur d’un nom à résonance dioula ou sénoufo est, ipso facto, un étranger, un Ivoirien de circonstance. Que n’entend-on pas à longueur de journée : « Vous, les Dioula ceci, vous, les Dioulas cela ». Cette opinion a entraîné un comportement qui empoisonne la cohabitation, et notre initiative va être la réaction prévisible à cet état de chose, quitte à déboucher sur la rupture.

    Il convient d’interpeller cette catégorie d’Ivoiriens sur les sujets qui font du Grand Nord une région laissée-pour-compte, et de ses habitants, des citoyens de seconde zone.Il est temps, et grand temps de crever l’abcès que constitue cette situation qui n’en finit pas d’empoisonner les relations entre communautés.Continuer à vivre dans cette atmosphère empoisonnée, en gardant le modus vivendi actuel n’est plus acceptable pour le Grand Nord.C’est pourquoi, du reste, la liberté d’expression et la démocratie aidant, la présente initiative est promise à un grand succès et ne manquera pas de soulever l’enthousiasme populaire. Les arguments à cet effet seront au rendez-vous.

    Parce qu’ils sont oublieux de la géographie et de l’histoire de leur pays, ces Ivoiriens ignorent que la pénétration française est passée par Kong bien avant la plupart des contrées de Côte d’Ivoire, que la région de Kong fait bel et bien partie de l’ensemble territorial ivoirien.

    À Kong, depuis des millénaires, le pouvoir temporel, la chefferie est exercée par les Ouattara, et le pouvoir spirituel par les Sanogo. Les Ouattara et les Sanogo de Bobo-Dioulasso, de Banfora et de leurs environs, seule région où on les rencontre, sont originaires de Kong.Alassane Dramane Ouattara, né en Côte d’Ivoire, ayant ses origines à Kong, donc en Côte d’Ivoire, est un authentique Ivoirien à part entière et un titulaire de l’identité du Grand Nord.

    En marge de cette affaire, on peut, à loisir, évoquer le cas Usher Assouan et pourtant, aucune voix ne s’est élevée en aucun moment, pour lui contester la qualité d’Ivoirien. Suivant l’opinion généralement admise dans le Sud-Côte d’Ivoire, n’est ivoirien que celui qui appartient à la zone forestière. Même leurs intellectuels s’accordent sur cette définition et la cautionnent.Le Grand Nord doit faire bloc autour d’Alassane.

    Lui prêter main forte, dans le bras de fer qui l’oppose aux chantres de l’ivoirité, devient une nécessité absolue. L’assister de notre concours afin qu’il ne tombe pas dans les pièges que lui tendent le régime FPI et certains ténors du PDCI s’inscrit en bonne place au tableau de nos activités.Insulter un des nôtres, le traîner dans la boue et ensuite venir au Grand Nord, chez lui, tenter de mobiliser ses frères en faveur d’une politique qui lui est hostile, constitue un affront auquel nous n’avons pu répondre jusqu’à présent parce que nous ne réunissions pas encore les conditions idéales à cet effet. La défense d’Alassane figure en bonne place parmi nos objectifs. Cependant, nous tenons à préciser, tout de suite, que nous ne connaissons pas le Premier ministre, nous ne l’avons jamais approché, ni de loin ni de près, et notre intention n’est pas de le côtoyer et encore moins de l’intéresser à notre projet.

    Nous préférons l’ignorer et le tenir à l’écart de nos futures activités, afin qu’il ne puisse lui être reproché d’être l’instigateur ou le commanditaire de notre projet.Il faut désormais militer en faveur d’un Grand Nord qui n’entend plus être à la remorque que d’un courant politique prôné et dirigé par un des siens. Lutter pour l’avènement d’un Grand Nord qui ne veut plus s’identifier à travers les autres, un Grand Nord soucieux de se doter d’une personnalité forte, d’affirmer celle-ci au plan national et d’assumer pleinement ses responsabilités dans un ensemble ivoirien cohérent.

    Du fait que notre action va reposer sur un fondement d’équité, sans discrimination aucune, parce qu’elle incarne des aspirations légitimes bien ressenties par les populations d’une région tout entière, parce que les dispositions physiques et morales de ces populations ont toujours su les mettre au service d’une cause noble, parce que la disponibilité proverbiale des dites populations a constitué, dans le passé, pour le RDA, les facteurs de la victoire, nous faisons des vertus cardinales de ces populations l’atout majeur de notre succès futur.

    Notre ambition aura pour objectif : « Un Grand Nord uni, fort, crédible dans un ensemble ivoirien rénové et cohérent, où seules la qualité et la compétence seront les critères d’appréciation, de promotion, où la notion de l’intérêt supérieur du pays primera sur celle de l’intérêt égoïste, personnel. »Pour y parvenir, une seule ligne de conduite, celle dont traite notre document, qu’il ne faut nullement assimiler à une quelconque forme d’incitation au racisme.

    Il convient d’insister sur notre position, les interprétations malveillantes et erronées pouvant nous être attribuées.Le cas Alassane est de ceux qui s’insèrent de plein droit au concept d’un Grand Nord en tant qu’entité régionale, zone d’influence responsable. Celle-ci doit rester constamment attentive à l’écoute de tout ce qui la touche de près ou de loin.Appartenir à cette zone explique notre conduite et justifie notre prise de position en faveur de l’ancien directeur général adjoint du FMI, en reconnaissant en lui des capacités à conduire la barque Côte d’Ivoire.

    Ils sont nombreux les fils du Grand Nord qui, par leur compétence, leur intégrité morale et leur dévouement, sont tout aussi aptes à jouer les premiers rôles dans ce pays.Pourtant, notre initiative ne saurait être à la solde de qui que ce soit, tout en restant au service de tous. Mais pour le moment, celui qui mérite tout le soutien du Grand Nord est le docteur Alassane Dramane Ouattara.Nous militons Grand Nord, et nous sommes des défenseurs mobilisés des intérêts de notre région.Vive un Grand Nord uni, fort, crédible.Vive une Côte d’Ivoire rénovée, équitable, cohérente.

    Pour le comité constitutifLe président provisoire

    [publié dans Frat Mat du 21/10/03]

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