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  • GRANDS REPORTAGES : D’Alger à Yaoundé, le retour au pays de Rodrigue

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    RÉCIT Parti pour l’Europe, le jeune Camerounais n’a jamais réussi à traverser la Méditerranée. Après des années passées au Maroc et en Algérie, il a décidé de rentrer dans son pays.

    Rodrigue à « Derwisha », en Algérie, en juillet 2016.
    Rodrigue à « Derwisha », en Algérie, en juillet 2016. CAMILLE MILLERAND

    Bien sûr, ce n’est pas le retour dont il avait rêvé, mais au moins est-il toujours en vie. Tant d’autres ont péri pendant le voyage, engloutis par la Méditerranée. A 35 ans, dont huit en exil pour tenter d’atteindre l’Europe, Rodrigue rentre dans son pays, le Cameroun, riche d’une aventure qu’il ne regrettera jamais,explique-t-il depuis Yaoundé, où il a retrouvé sa famille.

    Il y a neuf ans, à l’été 2011, il était parti, comme tant d’autres, avec en tête la vague idée d’un eldorado européen – France, Italie ou Espagne – où il pourrait travailler et envoyer de l’argent à sa famille. Aujourd’hui, il reconnaît qu’il « ne [savait] rien de la traversée ».

    Infographie Le Monde

    Bloqué en Algérie et au Maroc

    Du Cameroun, il a pris la route vers le Maroc, où il a passé quatre ans. La première année, il essaie de traverser la Méditerranée tous les mois. Mais chaque fois, il est arrêté par les autorités, parfois en pleine mer. Au fil du temps, il ralentit le rythme des tentatives, faute de moyens et d’énergie. Il vivote de petits boulots dans l’informel. Quand les ennuis avec la police le rattrapent, il doit alors quitter le Maroc pour l’Algérie voisine.

    Là, quatre nouvelles années s’écoulent. Comme de nombreux Subsahariens, il travaille sur les chantiers de construction, souvent des cités-dortoirs qui sortent de terre un peu partout dans ce pays en pleine crise du logement. Rodrigue vit à « Derwisha », une maison de deux étages en périphérie d’Alger qui accueille une trentaine de migrants. Là, il retrouve un peu de convivialité, la musique et les saveurs du pays aussi. Mais la vie reste dure, loin de sa famille, dans une société repliée sur elle-même.

    Draria, décembre 2017. Une nouvelle ville est en construction dans cette banlieue au sud-ouest d’Alger. Ici, la plupart des ouvriers sont, comme Rodrigue, des travailleurs journaliers, souvent des migrants en route pour l’Europe.
    Draria, décembre 2017. Une nouvelle ville est en construction dans cette banlieue au sud-ouest d’Alger. Ici, la plupart des ouvriers sont, comme Rodrigue, des travailleurs journaliers, souvent des migrants en route pour l’Europe. CAMILLE MILLERAND
    « Derwisha », une maison de deux étages sans toit, à 30 km du centre d’Alger, en février 2017. C’est ici qu’a habité Rodrigue. Elle est surnommée « Guantanamo » par ceux qui l’occupent, parce qu’ils s’y sentent parfois en prison.
    « Derwisha », une maison de deux étages sans toit, à 30 km du centre d’Alger, en février 2017. C’est ici qu’a habité Rodrigue. Elle est surnommée « Guantanamo » par ceux qui l’occupent, parce qu’ils s’y sentent parfois en prison. CAMILLE MILLERAND
    « Derwisha », en novembre 2016. Rodrigue prend soin de Michelle et de sa fille, Mira, qui sont d’origine ivoirienne.
    « Derwisha », en novembre 2016. Rodrigue prend soin de Michelle et de sa fille, Mira, qui sont d’origine ivoirienne. CAMILLE MILLERAND

    La décision du retour

    Fin 2018, il prend la décision de rentrer, épuisé par ce voyage sans fin, l’éloignement, toutes ces nuits passées sur les chantiers, cette vie sous les radars avec les autres migrants. Mais pour que son souhait devienne réalité, il lui faut d’abord attendre que son patron lui paye son dernier chantier. C’est chose faite en mars. Rodrigue reprend la route en sens inverse avec ses économies de huit années : 2 500 euros. Jusqu’à Tamanrasset, dans le sud algérien d’abord, puis vers le Niger, le Nigeria et enfin le Cameroun. Une semaine de voyage sans grande difficulté, explique-t-il.

    Rodrigue a photographié son retour au Cameroun et la traversée du désert. Là, la frontière entre l’Algérie et le Niger, en mars 2019.
    Rodrigue a photographié son retour au Cameroun et la traversée du désert. Là, la frontière entre l’Algérie et le Niger, en mars 2019. RODRIGUE YOMBI

    Il débarque à Douala, chez sa sœur Béatrice, avant Yaoundé, où il retrouve enfin ses parents, sa femme et ses enfants. L’accueil est émouvant : « Tout le monde m’attendait. Les cris, les pleurs. Ils étaient trop contents. Surtout, je suis revenu en bonne forme. Ils avaient vu tout ce qui s’est passé en Libye. » Ils l’avaient imploré de revenir. Voir le témoignage de Béatrice, la sœur de Rodrigue« Ça fait des années qu’on lui demande de rentrer », raconte-t-elle, soulagée. « Pendant ces huit années d’absence nous savions qu’il ne disait pas la vérité, il envoyeait des photos dans lesquelles il était toujours bien sapé ! »

    Se construire une nouvelle vie

    Durant ses huit années d’absence, la vie au Cameroun n’a pas tellement changé. Les portraits de Paul Biya, président depuis trente-huit ans, couvrent toujours les murs du pays. Pour Rodrigue, aîné de la famille, la pression est forte : c’est sur lui que reposent toutes les attentes. « Chez nous, le premier fils, c’est comme la tête du train. Comme la locomotive qui dirige les autres. Ça implique trop de choses, trop de responsabilités », reconnaît-il. Avec les économies qu’il a réunies pendant son exil au Maghreb, il décide de se lancer dans un projet avicole. Pour cela, il a acheté plus de 300 poussins, qu’il a installés dans la ferme de sa voisine.

    Yaoundé, novembre 2019. Rodrigue entretient quotidiennement son poulailler avec l’aide de ses frères.
    Yaoundé, novembre 2019. Rodrigue entretient quotidiennement son poulailler avec l’aide de ses frères. CAMILLE MILLERAND
    Douala, mai 2019. Morgane est surnommée « la reine mère ». Proche amie de Rodrigue et partenaire dans le travail, elle était son contact de référence pendant son périple au Maghreb.
    Douala, mai 2019. Morgane est surnommée « la reine mère ». Proche amie de Rodrigue et partenaire dans le travail, elle était son contact de référence pendant son périple au Maghreb. CAMILLE MILLERAND
    Les cousins de Rodrigue viennent lui rendre visite chez sa sœur Béatrice, à Douala. On refait le monde et on échange les nouvelles de Yaoundé, le temps de préparer le déjeuner.
    Les cousins de Rodrigue viennent lui rendre visite chez sa sœur Béatrice, à Douala. On refait le monde et on échange les nouvelles de Yaoundé, le temps de préparer le déjeuner. CAMILLE MILLERAND

    La débrouille au quotidien

    Une grande partie des Camerounais se heurtent au même casse-tête : gagner suffisamment d’argent pour vivre, ou survivre. Pour y parvenir, on se livre au « jonglage », le cumul de plusieurs petits jobs. Le frère de Rodrigue, Olivier, est chauffeur de taxi depuis un an « en attendant de trouver un bon travail ». La semaine, il roule pour le propriétaire de la voiture, le samedi, c’est pour lui. « Mais c’est pas avec mes 100 000 francs CFA en fin de mois [152 euros] que je peux faire un projet », avoue-t-il.

    Du côté de Rodrigue, le projet des poussins a tourné court. Entre la chaleur, les problèmes d’eau et de nourriture, il a perdu les trois quarts de ses volailles. Alors il a décidé de retourner dans son village cultiver la terre pour gagner un peu d’argent. Il aimerait ensuite faire du commerce entre l’Algérie et le Cameroun. Faire venir du shampoing, des parfums, du thé, très prisés ici. Mais pour cela, il faut une mise de départ.

    Yaoundé, novembre 2019. Les « jongleurs » sont ceux qui multiplient les petits jobs. Ici, une vendeuse de gâteaux à 50 francs CFA l’unité (0,70 euro).
    Yaoundé, novembre 2019. Les « jongleurs » sont ceux qui multiplient les petits jobs. Ici, une vendeuse de gâteaux à 50 francs CFA l’unité (0,70 euro). CAMILLE MILLERAND
    Au marché Mboppi de Douala, les commerçants chinois vendent des copies de vêtements de marque en tous genres et en grande quantité.
    Au marché Mboppi de Douala, les commerçants chinois vendent des copies de vêtements de marque en tous genres et en grande quantité. CAMILLE MILLERAND
    Paul Biya, président de la République du Cameroun depuis 1982, accroché en devanture d’un bar de Nkoabang à Yaoundé, novembre 2019.
    Paul Biya, président de la République du Cameroun depuis 1982, accroché en devanture d’un bar de Nkoabang à Yaoundé, novembre 2019. CAMILLE MILLERAND
    Offres d’emploi recensées dans plusieurs quartiers de Yaoundé. « Ces boulots sont souvent très mal payés, quand ce ne sont pas des arnaques », explique Rodrigue.
    Offres d’emploi recensées dans plusieurs quartiers de Yaoundé. « Ces boulots sont souvent très mal payés, quand ce ne sont pas des arnaques », explique Rodrigue. CAMILLE MILLERAND
    A Yaoundé, des vendeurs ambulants de lessive en sachet, à 100 francs CFA (0,15 euro) l’unité.
    A Yaoundé, des vendeurs ambulants de lessive en sachet, à 100 francs CFA (0,15 euro) l’unité. CAMILLE MILLERAND

     Voir le témoignage d’Olivier, le frère de Rodrigue« Je fais le taxi à Yaoundé depuis presque un an, en attendant de trouver un bon travail. Ça ne rapporte pas trop, mais on fait avec ce qu’on a. Au Cameroun on parle de « l’argent de arachides », ça veut dire que ça vient doucement, on ne peut pas compter dessus. »

    Passer le témoin

    Rodrigue aimerait aussi raconter, convaincre les plus jeunes de rester. Eux qui n’ont qu’une seule idée en tête : rejoindre l’Europe. Mais partager le vécu de la migration n’est pas chose facile. Les cadavres abandonnés dans le désert, la peur, la solitude, les camarades disparus en mer sont des souvenirs tenaces. « Les jeunes veulent vivre mieux, quelque chose de nouveau. Mais c’est juste une question de moyens, en fait. S’ils trouvaient du travail ici, ils resteraient », pense-t-il. Lui aussi pourrait tenter de repartir en Europe un jour, mais légalement. « Comme un clandestin », plus jamais. Face à tous ces fantasmes sur la migration, face aux attentes des proches, aux difficultés du quotidien, « il faut être courageux pour rentrer », tient-il à ajouter.

    Yaoundé, novembre 2019. Rodrigue n’a plus de revenu fixe depuis qu’il est rentré. « Cela fait six mois et j’ai l’impression de faire du surplace », soupire-t-il.
    Yaoundé, novembre 2019. Rodrigue n’a plus de revenu fixe depuis qu’il est rentré. « Cela fait six mois et j’ai l’impression de faire du surplace », soupire-t-il. CAMILLE MILLERAND

    « Bled Runner », un projet photographique de Camille Millerand

    En janvier 2015, le photographe Camille Millerand et la journaliste radio Leila Beratto décident de documenter la question migratoire vue d’Algérie. Ensemble, ils font la connaissance de Fabrice, camerounais, qui leur présente la communauté migrante installée à « Derwisha ». Une maison « sans toit » située en banlieue d’Alger, à 30 km de la capitale, dans laquelle résident une trentaine de migrants, pour la plupart camerounais, mais aussi ivoiriens.

    Femmes, enfants, hommes, tous sont clandestins, planqués là le temps de gagner un peu d’argent à envoyer à leur famille ou pour financer la traversée de la Méditerranée vers l’Europe. « Derwisha » était une étape de vie pour tous ses résidents. Depuis 2017, cinq d’entre eux sont installés en Europe. Prince au Touquet, Pascal à Naples, Anne et ses enfants à Clermont-Ferrand… D’autres ont décidé de rentrer chez eux. Michelle et Mira en Côte d’Ivoire, Yvette et Rodrigue au Cameroun.

    C’est l’ensemble de ces parcours migratoires que le projet « Bled Runner » a pour ambition de raconter.

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