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    Les contestations autour des résultats de la présidentielle, et surtout l’envahissement du Capitole le 6 janvier dernier à Washington, a exhibé les fractures idéologiques béantes au sein du Parti républicain. Les élus et un appareil militant toujours plus intransigeant incarnent deux droites irréconciliables… auxquelles les urnes interdisent de divorcer.

    “Ça fait 40 ans qu’on entend ça. En fait, on entend ça à chaque victoire des démocrates. Il y a vraiment un grand sens du mélodrame chez eux”.

    Qu’on se le dise: interrogé par BFMTV.com, Erik Svane, membre des Republicans Overseas, ne croit pas à une explosion du Parti républicain entre pro et anti-Trump.

    Pourtant, alors que Donald Trump s’apprête à clore mercredi son mandat de quatre ans à la tête des Etats-Unis: deux droites irréconciliables – d’un côté, un appareil militant et une base épousant les vues du 45e président américain, de l’autre des élus républicains en rupture avec un chef d’Etat dont ils n’ont jamais goûté ni les saillies ni les théories. L’intrusion de la foule dans le Capitole le 6 janvier dernier, et les contestations autour des résultats de la présidentielle n’ont fait qu’accuser les divergences les séparant. Une situation intenable dans laquelle les républicains se trouvent pourtant enfermés et pour longtemps.

    Au bout de la lassitude

    Ces cadres hostiles – parfois silencieusement – à Donald Trump, et ulcérés par l’envahissement du Capitole à la suite de son discours sont pléthore au Congrès. Dix de leurs représentants ont voté mercredi avec les démocrates à la Chambre pour le mettre en accusation. Dans la foulée de l’occupation de la colline par des manifestants, Lindsey Graham, sénateur de Caroline du sud, avait quant à lui évacué les prétentions à la victoire de Donald Trump: “Quand c’est fini, c’est fini”. Son confrère du Nebraska, Ben Sasse, apparaît aussi pressé de solder l’héritage de Donald Trump. “C’est le président des Etats-Unis qui a versé de l’essence sur les feux de la division”, a-t-il lâché auprès de la radio publique, NPR.

    Il n’a pas fait mystère, de surcroît, de son intention de voter l’impeachment du chef de l’Etat, tandis que sa collègue d’Alaska, Lisa Murkowski, a appelé à la démission de ce dernier, comme Pat Toomey de Pennsylvanie.

    L’aversion de Mitt Romney, sénateur de l’Utah, est là aussi bien connue: l’ex-candidat républicain à la présidentielle de 2012 pourrait d’autant plus voter un second impeachment qu’il avait déjà approuvé le premier en 2019.Play Video

    Le marché

    Dans un pays où il y a deux mois à peine, près de 75 millions d’Américains ont accordé leur bulletin à Donald Trump, ces charges sont restées coincées dans la gorge d’une partie de l’électorat. Ce qui a valu de menues mésaventures à quelques sénateurs, comme Lindsey Graham à l’aéroport d’Arlington en Virginie le vendredi suivant l’intrusion au Capitole. Le fossé semble si grand entre des encartés criant à la trahison et des ténors attachés à préserver le cours normal des institutions qu’on pourrait y faire tenir deux partis.

    “Les caciques du Parti républicain pour beaucoup n’avaient pas de mots assez durs contre l’invasion du Capitole”, relève auprès de BFMTV.com l’historien spécialiste des Etats-Unis Lauric Henneton, maître de conférences à l’Université de Versailles-Saint-Quentin, qui nuance:

    “Il y a cependant un marché, un cynisme d’une partie des Républicains pour qui il ne faut pas insulter l’avenir. Et cette logique de marché se dessine à différentes échelles. Selon que vous rêvez de devenir président ou de rester sénateur vous n’aurez pas la même stratégie”.

    La “droitisation” face à la religion civile

    Parallèlement, une lente droitisation a opéré au sein du parti lui-même. “Une droitisation commence à partir des années 1990 autour de Newt Gingrich. Cette révolution conservatrice s’échelonne avec le mouvement du ‘Tea Party’ qui aboutit d’une part à Trump et de l’autre, surtout, à un parti capable d’accueillir Trump en son sein”, décrit l’universitaire. Ainsi, tandis que bien des élus demeurent rétifs à Donald Trump, le parti est désormais à sa main. “Les opposants à Donald Trump se sont convertis soudainement, ou ont démissionné, comme Jeff Flake, le sénateur de l’Arizona en 2019. L’anti-trumpisme a disparu de l’appareil”, remarque Lauric Henneton.

    Ronna Romney McDaniel, fervente partisane de Donald Trump et par ailleurs nièce de Mitt Romney, vient d’ailleurs d’être reconduite à la tête du Comité national qui chapeaute le Parti républicain.

    Mais le militant n’est pas le porte-voix de l’ensemble de l’électorat. Et il n’est pas exclu que celui des républicains entre dans une zone de turbulences après l’envahissement du Congrès: “Le Capitole n’est pas qu’un bâtiment fédéral, il intègre la religion civile américaine. Dans les milieux attachés à l’ordre, militaires notamment, on a parlé de ‘profanation’ et si on parle de ‘profanation’ on n’est plus dans le politique, on est dans le viscéral”, reprend le maître de conférences.Play Video

    (Recom)positions

    Les conflits idéologiques viennent de surcroît redoubler la violence des animosités personnelles. “Ils sont tiraillés. Entre le libre-échange et le protectionnisme, l’immigration perçue comme une main-d’oeuvre bon marché bienvenue et des migrants considérés comme des violeurs, des voleurs etc., les positions sont si polarisées chez les républicains que la via media ne semble pas à l’ordre du jour”, appuie Lauric Henneton.

    Quand on le questionne au sujet de ces républicains moins acquis que lui aux idées de Donald Trump, Erik Svane nous rétorque d’ailleurs: “C’est nous les vrais républicains, les républicains restés fidèles à Lincoln qui disait qu’il fallait refuser tout compromis avec les esclavagistes du sud!”

    La question du legs historique parcourt l’ensemble de la classe politique américaine. Le Parti républicain est fondé en 1854 dans le Nord industriel afin de s’opposer à l’esclavagisme promu par les Démocrates qui dominent dans le Sud du pays, défendent les intérêts des propriétaires terriens et s’opposent à l’Etat fédéral. Après l’abolition de l’esclavage, ce sont encore bien souvent les démocrates qui pilotent la politique de ségrégation, quand bien même ce sont aussi des démocrates qui promeuvent les droits civiques durant les années 1960. Au premier rang desquels, on peut penser à John F. Kennedy ou Lyndon B. Johnson.

    Un mariage plus fort que tout

    Des élus républicains ostracisés dans leur propre famille politique, un appareil pro-Trump, un Parti déchiré idéologiquement et à front renversé vis-à-vis de son histoire. Autant d’éléments d’une intrigue qui sent la fin de partie, et l’explosion du mouvement en plusieurs structures. Lauric Henneton n’y croit toutefois pas une seconde:

    “Une scission serait en soi possible, mais elle serait suicidaire électoralement donc elle est impossible, ou en tout cas elle ne serait pas viable. Si un ‘Parti Trump’ ou au contraire un parti de Républicains modérés venait à se créer, ça ne pourrait pas marcher en raison du mode de scrutin, le scrutin majoritaire à un tour qui implique en fait de grandes coalitions instables, et en raison du système des primaires. Avec une scission, l’électorat républicain se diviserait par deux et il faudrait que le Parti démocrate explose lui aussi pour qu’on ait des jeux de concurrence à trois ou quatre”.

    Erik Svane approuve, en des termes plus militants: “C’est un pays à deux partis et j’espère qu’il le restera encore sinon les démocrates vont tout détruire!”. Chez les démocrates, la situation n’est d’ailleurs guère plus rose, entre la majorité centriste et l’aile socialiste. Il n’empêche, la règle de la politique américaine reste le mariage de raison, et les crises n’y changeront rien.

    Robin Verner

    Robin VernerJournaliste BFMTV

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